samedi 30 juillet 2022

Les petits villages le long de la rivière du Lot

Lors de mon plus récent voyage en bateau, on a navigué pendant une semaine sur la rivière du Lot, passant d’un village à un autre. Comme je considère ça comme étant la France très profonde, je me dis que vous ne les connaissez probablement pas. Alors, pourquoi ne pas vous en parler?

Un des premiers villages qu’on a croisés est celui de Douelle, où ils ont fait une énorme murale pour ceux qui y passaient par la voie navigable. Comme je suis obsédée par les murales, c’était évidemment sur ma liste des incontournables du voyage! Je tiens toutefois à dire que comme Douelle ressemble à Doualé et que je suis de la génération Passe-Partout, les deux sont indissociables dans ma tête!

Elle a été réalisée en 1992 par l’artiste Didier Chamizo (probablement pas un Didier comme on les a baptisés au début de notre voyage…). Elle fait 120 mètres de long et 6 mètres de haut. On dit qu’il faut la regarder comme un film et qu’elle raconte « l'histoire des vins de Cahors d'Adam et Ève à nos jours selon la vision de l'artiste. »

Il y a une explication de tout ça de l’autre côté de la rive, mais honnêtement, comme il n’y avait pas vraiment d’endroit proche où accoster et rien d’autre d’intéressant dans le village, on ne s’est pas arrêtés.

Ça ne m’a toutefois pas empêchée de prendre plusieurs photos de l’œuvre!

 

 

Un peu plus loin, on peut s’arrêter dans le village de Vers, prononcé « Verse ». Mais avant de le savoir, j’ai quand même pu faire une publication Facebook disant qu’on avait « pris un verre dans le paysage vert du village de Vers. »

C’est un village très, très fleuri.

 

Il y avait un seul  restaurant ouvert lors de notre passage. Après avoir mangé un tartare… je vais attendre mon prochain post avant de vous le décrire… je me suis risquée et j’ai été agréablement surprise. Mais pour vrai, pour quelle raison les Français mangent leur tartare sans croûton? Du pain baguette, vraiment? Non. On l’apprête mieux que vous.

Mais bon. À part le tartare, le gaspacho était sublime.

Quant au village, il est vraiment beau.

Mais grâce à ma grande sœur qui est tellement curieuse qu’elle va dans toutes les directions même si elles ont l’air dangereuses, abandonnées ou peu importe, j’ai pu voir ceci, avec un petit bateau submergé.

À notre arrivée, on a croisé un genre de jardin communautaire et j’ai dit en le voyant « Euh, on dirait un costume de tueur en série d’une émission sur Netflix ». Je pensais que j’exagérais, mais finalement, l’épouvantail surveillant le jardin était effectivement inspiré de la télé…

Ils ont modifié la cabine téléphonique maintenant désuète en bibliothèque comme on en voit à Montréal où les gens laissent et prennent des livres. Les critères sont toutefois très précis :

On est aussi arrivés juste au moment où le « Boulodrome » était envahi par des joueurs de pétanque! Dommage qu’on n’avait pas de quoi jouer!

Un peu plus loin, à Bouziès, on a croisé une pancarte pour le chemin de Compostelle. On savait depuis plusieurs jours qu’on le longeait, mais c’était là notre première preuve et aussi notre premier alibi si on voulait faire croire qu’on l’avait marché!

Dans ce village, il y a un genre de château dans un rocher.

Évidemment, on a voulu s’en approcher. Ma sœur, plus téméraire (ou inconsciente) a tenté d’y entrer.

Ç’a été un échec, mais elle s’en est tout de même approchée!

Mais de toute façon, on a compris que ce n’était qu’une façade et qu’il n’y avait absolument rien derrière.

Décevant.

À la fin de notre parcours fluvial, on a croisé un village qu’on aurait vraiment visité, mais qui n’avait aucun quai pour nous accueillir. Sa particularité? Plusieurs maisons étaient construites dans le roc.

 

Je répète, DANS LA FALAISE.

Ou encore autour d’une méga roche…

Comment dire. À quel point ils tenaient vraiment à se construire à cet endroit précis!?

Au retour, on s’est arrêtés à Laroque-des-Arcs. Ça ne semblait pas très vivant et effectivement, ça ne l’était pas du tout. Pour vous donner une idée, voici la mairie :

On est tombés sur cette affiche et même si on parle supposément la même langue, je n’ai quasiment rien compris du menu :

Il y avait aussi une chapelle située tout en haut du village. Alors évidemment, on a voulu y aller. Déception, elle était verrouillée. Mais au moins on a tenté notre chance!

Au passage, j’ai bien aimé cette annonce :

Entre le village de Bouziès et le suivant, il y a ce qu'on appelle le chemin de halage, soit le chemin forgé à la main dans la pierre par des esclaves (c'est ce qu'on en dit, du moins) et il aurait été fait en 1847 pour éviter de faire l'aller et le retour entre les deux rives. Le halage, c'est quand on remorque un bateau dans un cours d'eau avec une corde à partir du rivage. Aujourd'hui, on peut voir de magnifiques oeuvres dans la pierre.

On savait que sur notre parcours, on allait passer par Saint-Cirq-Lapopie (prononcez ça St-Cyr ou St-Cirque, il semblerait que les deux se disent) qui est reconnu comme le village préféré des Français.

On s’y est rendus à pied, après avoir escaladé un long chemin et c’était très beau.


 

Mais bon, je suis peut-être blasée, je ne vois pas en quoi c’est « LE » village de la France.

Sauf que je dois faire une mention spéciale pour cette pancarte, que j'ai adorée :

Je dois dire que ce parcours en bateau est accessible depuis quelques années, mais qu’il n’est pas encore considéré comme une voie navigable ou quelque chose comme ça par la France, alors les villages n’ont pas les subventions nécessaires pour s’assurer que la rivière soit navigable jusqu’à la fin (on a rebroussé chemin plus tôt parce qu’on touchait le fond…) et que pour aménager des quais pour accoster et développer les villages avec des restos, épiceries, électricité pour les bateaux, etc. C’était le cas pour St-Cyr, qui n’avait pas d’électricité pour les bateaux et dont l’épicerie était quand même assez loin à pied.

N'empêche que tout ce qu’on a visité valait la peine et que j’espère sincèrement que cette rivière aura droit à l’aménagement qu’elle mérite au cours des prochaines années pour faciliter la navigation!

mardi 28 juin 2022

Éclusières au travail!

Vous avez peut-être vu passer la nature de mon dernier voyage, un périple en bateau dans la vallée du Lot sans mon adorable Charlot, mais… avez-vous vraiment compris tout ce qu’impliquaient les écluses manuelles? Sûrement pas, vu que même nous, on a compris l’ampleur qu'une fois sur place!

Alors je vous propose de vous transporter sur notre bateau et de forcer autant que nous, tout en comprenant le principe des écluses. Alors, comme on dit… prêts, pas prêts, on y va!

 

Je dois d’abord préciser, pour ceux qui auraient raté les blogues précédents, que je me suis retrouvée dans ce voyage avec ma meilleure amie/sœur qui fait partie de la famille et de ce voyage à titre de bouche-trou pour cause de report et de pandémie. Mais nous, on s’en fout, vive la pandémie de notre point de vue! Donc, notre utilité était de gérer les écluses. Des écluses… manuelles. On n'avait évidemment jamais fait ça, mais on était tellement énervées et motivées, ça n’avait pas de sens. Alors, une fois la prise de possession du bateau à Cahors, on a transporté des employés qui allaient nous suivre jusqu’à la première écluse pour nous donner un cours rapide. Peu importe l’expérience de notre capitaine – dans notre cas, mon père avait plusieurs centaines d’écluses manuelles et automatiques à son compte –, on devait suivre le « crash course » de l’employé de Locaboat.

Une des choses qui m’a marquée lors de notre passage dans les écluses, c’est l’espèce de cours 101 de « comment réanimer quelqu’un ». Pour avoir suivi une formation d’agente de bord et avoir des parents qui sont d’anciens infirmiers et ambulanciers (dans une autre vie, mais ça reste!), je dois dire que ça m’a vraiment préoccupée. Pourquoi? Tout simplement parce que ces formations ne sont pas obligatoires pour louer ce genre de bateau et surtout, parce que la solution semble passer par ces pancartes :

Non mais… Qui a le temps de lire tout ça en cas d’urgence? PERSONNE.

Je serai ravie que qui que ce soit me prouve le contraire.

Revenons-en à la raison principale (essentielle, même) pour laquelle les enfants, c’est-à-dire ma sœur et moi, sommes de ce voyage; la main d’œuvre. Oui, oui, on ne sert qu’à ça. On se fait exploiter (logées, nourries et blablabla, mais bon).

Alors en gros, ça veut dire quoi, faire des écluses manuelles? Si l’écluse est fermée et qu’on doit monter, on entre en mode « plus long ». Le bateau accoste avant l’écluse, la main-d’œuvre (ma sœur et moi) saute sur la rive, court vers l’écluse et ouvre les portes dans l’écluse à coup de tourniquets. Beaucoup de tourniquets, surtout quand les écluses n’ont pas été graissées depuis… une éternité!

* À noter que cet exemple en est un lorsque le bateau remonte la rivière et qu’il est différent lors du trajet de retour!

Alors, on vide l’écluse, on aide le bateau à entrer en le solidifiant avec des cordes :

Et une fois solidement en place, on referme la porte et ouvre l’écluse quand on est en sens où la rivière descend. Sérieusement, soyez prêts à suivre, ce n’est pas évident!

 

Au début du voyage, on se faisait un concours où notre père démarrait le chronomètre dès qu’on mettait le pied hors du bateau et qu'il l’arrêtait quand la dernière embarquait à bord. Notre record quand il fallait ouvrir la première écluse, alors que la moyenne était de 20 min? 13 m 55 s! Et quand l’écluse était de notre côté et qu’on y entrait directement? 5 min 22 s! Wow. Pour vrai, ces temps étaient si incroyables – on aurait tant aimé avoir la réaction des plaisanciers, tout peinards qui nous voyaient courir comme des folles!

Mais avec un tel score et surtout la lourdeur qui s’installait dans nos bras, on a décidé d’un commun accord que ce serait les chiffres à battre lors de notre prochain voyage familial l’an prochain (aucune pression, papa, mais tsé!).

Écluses difficiles à part, on n’en a croisé une tonne et honnêtement, du point de vue des éclusières novices, c’est un succès sur toute la ligne!

Le plaisir qu’on a eu à battre notre record pour enclencher le mécanisme, les retours ou départs du bateau dans la petite échelle svelte au beau milieu de l’écluse, l’alternance qu’on suivait religieusement entre le « tu es de l’autre côté, c’est ton tour! », nos chandails et souliers de matelot achetés spécialement pour le voyage… Tout était génial.

Mais surtout, nos incroyables chandails précisant les trois parasites (dans l'ordre, ma mère, moi et ma soeur) et le capitaine (qui a tout payé!). Les plus beaux qui soit!

Alors, où irons-nous l’an prochain, papa?

jeudi 16 juin 2022

P’tites vites de Cahors

Le départ de notre récent périple français en bateau se faisait de Cahors, une ville que je qualifierais de campagne profonde, même si mes amis français n’ont pas apprécié ma définition!

Dans cette ville d’un peu moins de 20 000 habitants, mon père avait loué un « mobile home » - que l’on doit prononcer mobilaum avec l’accent régional, et il était tout simplement génial. J’ai encore de la misère à figurer comment ils ont réussi à maximiser l’espace d’un aussi petit endroit. Deux chambres, une salle de bain, une cuisine et un salon en plus d’une terrasse. Wow!

En plus, Didier, le propriétaire de notre « mobilaum » (faudrait vraiment que je l’écrive en alphabet phonétique!), a eu le malheur de nous dire qu’on pouvait prendre tout ce qu’on voulait dans son jardin!

Voici une de nos récoltes!

  
En fait, notre réservation était à Maxou, ce que j’ai trouvé « cute » parce que dans mon premier roman, j’ai donné ce nom au chien de mon personnage principal. Mais qu’importe. On a visité ce village de probablement huit habitants, mais on a quand même vu ce monument dédié à une personne dont le nom est l’équivalent de Voldemort de nos jours…

Avant de prendre possession de notre bateau, on a eu quelques jours pour visiter cette ville, connue notamment pour la production du vin Malbec. Mais comme je ne bois pas de vin rouge, je vais me fier à ma famille pour vous dire que leurs vins sont excellents, malgré leurs noms parfois très, très douteux!

Allons-y maintenant de p’tites vites de Cahors.

Si quelqu’un comprend la signification de cette affiche, je suis preneuse!

C’est là où on a remarqué que non seulement les heurtoirs (nouveau mot que j’ai appris, qui consiste en gros à une sonnette manuelle) sont des mains, mais qu’en plus, elles ont des bagues! Une chance qu’elles ne les portaient pas à l’annulaire parce que je ne sais pas comment j’aurais géré le fait que les mains des heurtoirs soient fiancées avant moi!

La ville est connue pour son pont Valentré. Ceux qui me suivent depuis un moment savent que je suis obsédée par les ponts, sans comprendre pourquoi puisque même moi, je ne peux l’expliquer. Dans mes recherches en vue de ce voyage, c’est cet attrait qui a d’abord capté mon attention. Avec raison!

Allons-y donc avec un peu d’histoire, rapidement. Sa construction a été décidée en 1306, mais amorcée seulement deux ans plus tard. Comme la construction a pris plus d’un demi-siècle, plusieurs légendes sont nées, toutes semblables et ayant un lien avec le diable. Je vais vous raconter cette que j'ai comprise dans la viste. On disait que la lenteur des travaux était redevable à un pacte signé par le maître d’œuvre avec rien de moins que… le diable. Le maître a voulu étaler son savoir-faire en matière de construction devant Satan et a promis d’abandonner son âme en signe de paiement pour les travaux. Comme tout s’est fait avec rapidité à partir de là et que les termes du contrat allaient être respectés, Satan s’est rebellé. Mais pour s'assurer de remporter son pari, Satan a envoyé chaque nuit un diablotin pour enlever la dernière pierre de la tour centrale – la Tour du Diable – même si elle avait été mise en place par des maçons. De cette façon, la tour ne serait jamais achevée.

On peut d’ailleurs voir le diable dans une œuvre tout près.

Je ne l'ai pas vue sur le coup, mais un artiste aurait ajouté ce petit diable sur une pierre qui, selon une autre version de la légende, ne tenait jamais en place.

Pour aller voir la vue du haut du pont, on devait passer par ces escaliers absolument non sécuritaires, ce qui a fait paniquer les parents vu qu’on était en gougounes!

La mairie est très « instagrammable », jugez-en par vous-mêmes!

Il faisait très, très chaud et je plains le couple qui prenait part à une séance photo interminable pour ce qui, selon ce que j’en déduis, était leur bal des finissants.

J’aurais sérieusement préféré l’eau relativement sale à la chaleur à sa place!

J’ai, comme plusieurs d’entre vous, découvert l’humoriste Mathieu Dufour et ses expressions/son accent typiques dans les dernières années. Alors quand j’ai vu que cette église était reconnue pour présenter la « sainte-coiffe », je n’ai pas arrêté de répéter dans ma tête que j’allais voir la « sainte-couèffe »…

 

Finalement, il est important de noter qu’à Cahors, il est défendu de ne « rien laver dans le bassin ». Alors selon mes notions grammaticales, si vous passez sans nettoyer quoi que ce soit, vous êtes dans le trouble!


dimanche 5 juin 2022

Je vous présente... Troulouse (aucune faute de frappe ici)

Au moment d'écrire ces lignes, j'étais en France pour un extraordinaire voyage avec mes parents et ma sœur illégitime (si vous ne comprenez pas pourquoi elle a ce titre, c’est normal et comme il date de plus de 10 ans, je ne le réexpliquerai pas!).

Le voyage s'est fait en trois parties. La première, un séjour à Cahors que je vous raconterai plus tard, suivi d'une semaine à bord d’un bateau conduit par mon père et pour lequel mon amie et moi avons ouvert et fermé manuellement plus d’une trentaine d’écluses sur la rivière du Lot. Notre récompense après tout ce dur travail? La troisième partie, soit quelques jours à Toulouse, ville que mon amie-sœur et moi n’avions jamais visitée. Mon père a loué un appartement qui avait l’air extraordinaire en plein centre-ville. Comme on avait beaucoup de valises – ma mère nous a dit de voyager léger, mais connaissant ce qu’il y avait sur le bateau, elle a traîné son pile-patates, entre autres, si ça peut vous donner une idée de ses propres valises! –, on avait donc beaucoup trop de bagages pour quatre personnes normales (comment dire… pas surprenant, on n’est pas normal…). C'est pourquoi on a loué une voiture à Toulouse, où on se rendait en train de Cahors.

La voiture louée étant à l’aéroport et notre arrivée à la gare de train de Toulouse, on a opté pour le très ingénieux plan de deux taxis. Simple à prime à bord, notre plan consistait en : mon amie et moi qui prenions le maximum de valises et le plus gros taxi pour nous rendre à l’appartement et les parents qui prenaient le taxi suivant pour l’aéroport où ils allaient récupérer notre voiture. On est donc parties avec l’équivalent de l’équipement pour une équipe de hockey pee-wee et notre chauffeur nous a emmenées le plus près possible de l’adresse où on devait récupérer la clé. Mais évidemment, on s’est butées à des sens uniques, des zones réservées aux faibles émissions de gaz à effet de serre (je vous raconterai un jour!) et tout, alors on s’est arrêtées en plein milieu de nulle part, mais pas si loin de la clé selon mon téléphone.

J'ai dit à mon amie de rester sur un coin de rue, le temps que j’aille chercher la clé. J’avais beau avoir le courriel avec les indications et le code du Masterlock probablement installé de façon illégale, ça ne marchait pas. Pantoute. Je suis retournée la voir et lui ai transféré ma mission. Même échec.

J'ai décidé d’y retourner et de regarder un tutoriel sur comment ouvrir un putain de Masterlock. Au moment où je commençais la vidéo, un petit couple à qui j’avais parlé lors de mon tour de guet des bagages m'a à nouveau croisée et m'a demandé si j’avais besoin d’aide. J’ai dit oui et mis mon tutoriel sur pause. Le gars a appuyé sur les mêmes boutons que moi et ouvert la petite porte à l’avant. C’est que même si ç’a la forme d’un cadenas, le but n’est pas de l’ouvrir comme un cadenas normal, mais il faut l’ouvrir comme on ouvre la boite aux lettres pour y déposer un envoi. C'était juste ça! Je suis retournée voir mon amie avec les clés pensant que le pire était derrière. Que je suis naïve...

Deuxième mission à remplir : apporter tous ces bagages à l’appartement, qui était à un coin de rue de là, mais surtout, au troisième étage. On priait pour qu’il y ait un ascenseur, même un vieux et minuscule! Je suis partie avec le premier sac, le plus lourd, et un sac à dos, question de pouvoir faire un deuxième voyage avec mon amie et tout le reste des valises, en attendant que les parents reviennent avec la voiture. Une fois sur place, les indications étaient de prendre l’escalier à droite et de monter au troisième étage où je verrais la porte blanche.

J'ai longé un corridor hyper étroit qui donnait sur une cour intérieure. À gauche, un corridor. Tout droit, un escalier en colimaçon datant de l’époque de Jacques-Cartier (et encore!). Je cherchais en vain un ascenseur et je me suis résignée à tenter de ne pas mourir en montant le sac qui pèse une tonne dans le super escalier en colimaçon étroit et juste... vieux. J'ai dû faire plusieurs arrêts, question de reprendre mon souffle et mes forces pour me rendre en haut. Une fois arrivée au troisième, du moins ce que je pensais être le troisième, car il n’y avait pas de chiffre nulle part, je vois une porte plutôt blanche, mais on ne sait pas avec la vieillesse de l’immeuble. J’ai essayé la clé, mais je n'étais pas certaine d’avoir le bon appartement. Parce que des numéros de porte, c’était également facultatif dans l’édifice… J'ai quand même tenté ma chance, mais j'ai entendu un « c’est qui? », ce qui me fait comprendre que je m'étais trompée de porte. La dame a ouvert et m'a confirmé que le troisième étage était le suivant parce que le premier est le rez-de-chaussée.

Je me suis rendue au vrai troisième et à une autre porte blanche (avec les bagages) et quand j’ai essayé la clé, j'ai entendu une personne parler de l’autre côté et un téléphone sonner. Comme je n’avais pas envie de vivre un autre malaise, j'ai laissé les valises là et je suis allée chercher mon amie. J’ai appelé mon père pour qu’il me donne le numéro de téléphone du propriétaire afin qu’il m’explique comment me rendre. Résultat de la conversation?

- Mais vous avez pris l’escalier à droite? 

- Celui en colimaçon?

- Oui, mais celui de droite?

- Euh... Attendez, je ne suis pas sûre de comprendre finalement.

Bref, on est deux à ne pas l’avoir vu, cet escalier en colimaçon « carré » dans le fond à droite. Alors j'avais pris le mauvais. Et ça ne passait pas d’un côté à l’autre. Il fallait donc retourner là-haut, au dernier étage, pour redescendre le sac de la mort et le sac à dos.

C’est ce qu’on a fait, miraculeusement sans… décéder. Pour vous donner une idée, c'était tout en haut :

Et donc la même chose du bon côté. 

On est ensuite allées rejoindre mes parents pour dîner. On était tous affamés. Au retour, mon père est entré dans l’appartement et… l'a DÉTESTÉ. Mais genre, comme je ne l’ai jamais vu détester quelque chose. Je le trouvais pas si mal, mais j’avoue que l’extérieur et les escaliers n’étaient pas super. Notre souper a été le dernier clou dans le cercueil de cet appart puisque la vaisselle n’était même pas toute propre. Résultat? On n’y a passé qu’une nuit et on a changé d’endroit pour le reste du voyage. Ce qui veut dire qu’on a dû redescendre les bagages moins de 24 h après avoir sué nos vies pour les monter!

Sauf que tous ces efforts et ces muscles endoloris (qui vont me coûter cher de massothérapie puisqu’ils sont toujours affectés!) en vain auront mené à un passage en Andorre, dont je vous parlerai plus tard, et une fin de séjour dans des hôtels magnifiques où ma mère a pu enfin se reposer en se faisant servir au restaurant au lieu de préparer le souper comme ç'a été le cas chaque soir sur le bateau. Ç'a eu des avantages!

Malgré tout, cet appartement restera à tout jamais connu dans notre famille comme étant le « Troulouse »! 

 

lundi 23 mai 2022

Le cadeau de fête raté de Charlot

En temps de non-pandémie, mes parents ont l’habitude de faire un voyage en pénichette – un bateau qui pourrait se comparer à un énorme ponton sur lequel on habite et qui nous permet de traverser les canaux et les écluses – en France. Je dois avouer que lorsque je les ai aidés à faire un livre-photo de leur premier voyage (ils étaient juste tous les deux), je me suis dit que ç’avait l’air plate.

Mais au fil des ans, ils ont fait de nouveaux parcours et chaque année, une tonne d’amis et de membres de la famille voulaient en faire partie, si bien que dans les années les plus occupées, ils devaient louer un bateau pour 10 personnes. Depuis que j’ai Charlot – mon chihuahua, au cas où vous avez raté n’importe quelle de mes conversations au cours des quatre dernières années –, j’ai commencé à me dire que c’était le voyage idéal pour l’emmener en Europe pour la première fois. Il a beaucoup voyagé, avec 32 vols d’avions à son actif, mais on n’a visité que l’Amérique du Nord ensemble.

Il y a environ deux mois, mon père m’a envoyé le texto suivant : « Nos amis ne peuvent plus nous accompagner en bateau, alors trouve-toi une amie, on part le 19 mai ». Bon, il a aussi pris le soin de préciser que je devais en choisir une qu’il n’allait pas vouloir jeter par-dessus bord!

Le choix s’est donc arrêté sur ma meilleure amie, aussi connue dans la famille sous le nom de sœur illégitime, qui habite en Afrique du Sud et qui nous rejoint à Toulouse.

Les préparatifs allaient bon train. En plus, le départ était prévu 11 jours après le cinquième anniversaire de Charlot. Je ne pouvais pas trouver meilleur cadeau de fête! On part deux semaines, mais on passe une semaine sur le bateau. Évidemment, on a déniché à mon p’tit gars six ensembles de matelot différents qui s'ajoutent aux deux qu'il possède déjà et celui de lifeguard. Sans oublier son costume de roi pour la visite des châteaux.

Comme Charlot est un chien d’assistance (allez lire ma nouvelle dans le livre que j’ai récemment publié avec trois autres auteurs « Des histoires qui ont du chien » ou encore « Une fille, un char et un chihuahua » en version individuelle numérique pour connaître le fin fond de cette histoire), j’ai fait la demande auprès d’Air Transat. Ce n’est pas la première fois qu’il voyage avec cette compagnie et je me suis dit, à tort, que ce serait simple puisqu’il avait déjà été approuvé par le passé.

J’envoie donc toute la paperasse et je reçois… un refus. Une des raisons? « Votre billet du médecin date de 2019 ». Bon. Comment je pourrais ben dire ça. Ouin, c’est que j’ai pas mal la même maladie qu’en 2019 et ça risque d’être ça pour le reste de mes jours. J’irai pas voir le neurologue à chaque fois que je veux prendre l’avion pour qu’il m’en signe un nouveau… Ah et le chien, ça va aussi être le même pour toute sa vie à lui. On me suggère alors de faire une demande de chien de soutien émotionnel. Charlot peut faire les deux, mais je trouvais ça un peu niaiseux qu’ils refusent sa vraie fonction pour une maladie que j’ai en me disant de remplir de la paperasse pour dire que j’ai un trouble de santé mentale qui justifie la présence du même petit chien.

En tous cas.

Bref, je fais les démarches avec le médecin (j’ai quand même écrit un autre livre sur un trouble alimentaire, alors c’est « legit »!)

Prochaine étape, la signature du vétérinaire. Je prends rendez-vous et au téléphone, le préposé me demande si j’ai le formulaire de certificat de santé international.

- Le quoi?

- Oui, ça vous prend ça pour voyager et il faut contacter l’Agence canadienne de l’inspection des aliments, ils envoient un formulaire et vous prenez rendez-vous avec nous pour le faire signer et avec eux pour l’approuver, dans les 10 jours avant votre voyage.

(Dans ma tête : mon chien n’est pas un morceau de viande, me semble)

- Oh, une maudite chance que vous me dites ça, je ne savais pas!

Pas de problème, je prends rendez-vous avec l’ACIA le vendredi matin avant le départ (soit sept jours) et avec le vétérinaire la veille.

La dame de l’ACIA me téléphone le jeudi matin pour s’assurer que j’ai reçu le formulaire par courriel. La réponse était non, alors j’étais soulagée qu’elle m’appelle. Elle me l’envoie et là, la conversation se poursuit et c’est la panique.

- Votre chien est micropucé?

- Oui!

- Est-ce qu’il a eu ses vaccins avant ou après? Parce que l’Union européenne ne reconnaît aucun vaccin donné avant que le chien ait reçu sa micropuce. 

- Ben ça dépend lesquels, il en a eu avant et après. 

- La rage, c’est ce qu’il a besoin.

Parenthèse ici. Je sais très bien qu’il ne l’a pas eu après sa micropuce, parce que le vaccin est bon pour trois ans et que le vétérinaire, lorsque je suis allée faire donner une injection contre les allergies à Charlot, j’ai eu la discussion suivante : « Je pars en France avec lui dans cinq semaines, est-ce que j’ai besoin de vaccins, de papier, quelque chose? » et on m’a répondu : « Non, tout est à jour. Son vaccin contre la rage est bon jusqu’en septembre et on fera son rappel à votre retour ».

Retournons à l’appel avec l’ACIA.

- Je dois vérifier, mais sinon j’ai rendez-vous ce soir, ils pourront lui donner.

- Ouin, mais non. Il faut qu’il l’ait reçu au minimum 21 jours avant le départ et au maximum un an. S’il ne l’a pas eu, on ne pourra pas signer et approuver vos papiers.

C’est la CA-TAS-TROPHE.

- Même si c’est un chien de service?

- Oh ça je ne sais pas, faudrait vérifier s’il peut avoir une exemption.

Je raccroche et me dit que c’est simple, comme je suis allée chez le vétérinaire un mois auparavant et qu’ils m’ont dit que tout était en règle, qu’ils m’ont donné une mauvaise information, alors ils allaient pouvoir corriger leur erreur en lui donnant son vaccin et modifier la date au dossier. Encore plus facile puisque le document à remplir pour la France est fait à la main.

Comme j’avais besoin d’un rendez-vous rapidement avec le vétérinaire et qu’ils ont trois succursales, on m’a donné rendez-vous dans une autre, un peu plus loin, mais où j’étais déjà allée une fois en urgence (le petit, gros fan de beurre d’arachide, avait grugé un Reese et je savais que le chocolat était nocif pour les chiens). J’arrive, j’explique la situation, l’erreur commise, ma solution, le fait que c’est un chien d’assistance – avec tous les documents à l’appui – et tout.

J’ai frappé un solide mur. Le vétérinaire me dit qu’il va aller consulter ses collègues, mais il ne démontre aucune compassion. Ça regarde mal.

J’attends, je prie, j’ai les larmes aux yeux en pensant que le voyage planifié en fonction d’emmener le petit en bateau en France pour ses cinq ans ne tenait qu’à leur bonne volonté et leur compréhension.

Non seulement il n’a pas retrouvé sa compassion en jasant avec ses collègues, mais il m’a envoyé le technicien pour ne pas m'affronter et utiliser trop de phrases pour m’expliquer la situation.

- Ce n’est pas légal de modifier une date, blablabla…

Deux longues minutes plus tard, je perds patience et j'interromps son monologue qui n’a servi à rien et me tanne d’attendre le « mais, on comprend qu’on vous a mal conseillée et que c’est important pour vous… » parce qu’il ne vient pas.

- OK, peux-tu juste arrêter avec la loi, la responsabilité et juste me dire un oui ou un non?

- La loi, blablabla.

- OUI ou NON, me semble que c’est une question simple.

- Non.

- Mais c’est votre erreur!

- Oui, mais c’est la responsabilité du voyageur de se renseigner.

- Ce que j’ai fait avec vous, donc mon erreur, c’est d’avoir cru ce qu’un vétérinaire m’a dit?

- Oui, fallait vérifier.

Et là, je suis tellement fâchée, triste et déçue, que je me mets à pleurer et ce sont des gros sanglots.

Réaction du technicien? Aucune. Pas de compassion, de désolation, pas de « voulez-vous un mouchoir? », rien. Alors je suis encore plus fâchée et je pleure encore plus. Je leur dis de remplir quand même les papiers, parce que je me dis que je vais essayer de le changer moi-même. D’la marde!

Je lui fais donner son vaccin contre la rage et en plus, le vétérinaire, qui est revenu puisque la tâche ingrate a été faite, est tellement mauvais qu’il se reprend par trois fois pour réussir à le vacciner, lui faisant mal chaque fois.

Je n’ai pas dit un mot du reste du rendez-vous. Au moment du paiement, la jeune fille n’est pas plus sympathique et se contente de me dire : « 212,71$ »

Alors c'est plus fort que moi, je lâche un « 200$ pour brailler pendant une demi-heure sans que personne m’offre un Kleenex, c’est ordinaire ».

J’entends la fille marmonner quelque chose et je crois avoir entendu « c’est lourd ».

- Pardon?

- …

- Peux-tu répéter ce que tu viens de dire SVP?

- C’est lourd.

- Attends, es-tu en train de me traiter de lourde, toi?

- C’est lourd la façon que vous nous parlez, madame.

Ah ben /$%?&*(.

Une maudite chance que je faisais pas euthanasier un animal, parce qu’avec leur zéro empathie, j’aurais eu droit à quoi, quelqu’un qui me pitche les cendres dans la face?

J’ai analysé le document. Impossible à falsifier. Je songe à me rendre à l’ambassade de France pour expliquer la situation du chien de service.

J’ai abandonné le projet après avoir téléphoné à l’ambassade et eu le message vocal datant visiblement de 2020 puisqu’on nous interdisait de nous présenter en personne en raison de la COVID et que la boîte vocale était pleine, avant de nous raccrocher la ligne au nez.

Alors voilà. Tout ça pour dire que je suis ici à faire ce magnifique voyage, mais qu’il nous manque notre merveilleux petit amour à quatre pattes.

Mais ne vous inquiétez pas, je n’ai pas acheté tous ses ensembles pour rien et on se reprend avec lui dans un avenir rapproché! Et non, je ne remettrai plus jamais les pieds dans cette clinique!