lundi 23 mars 2026

L'enfer se trouve à Atlanta

   Tout ça a commencé quand j’ai eu la brillante idée de me dire « Je vais faire mon shift du dimanche midi au resto – mon seul quart de travail que je fais encore comme serveuse parce que j’adore ça – et je vais prendre l’avion en soirée, au lieu de perdre une journée et de partir le lundi. »

Comment dire… Quelle décision de marde!

Je vous invite donc à revivre mon interminable périple vers la Floride, où je prévoyais passer quelques jours et assister au Miami Open avec mon père.

Comme je tenais absolument à partir le dimanche soir, je me suis retrouvée avec une escale à Atlanta. Il faut préciser que, puisque je voyage avec Charlot, mon chihuahua globe-trotter, je m’en tiens pas mal à Air Canada et à Delta, avec qui c’est beaucoup plus facile avec lui. Pour ceux et celles qui l’ignorent, Charlot est un chien d’assistance qualifié, ce qui lui donne le droit de voyager gratuitement en Amérique du Nord, sous certaines conditions.

Le trajet semble à première vue très simple, soit Montréal-Atlanta avec une escale d’environ une heure, puis Atlanta-Fort Lauderdale avec une arrivée un peu après minuit. Je voyage léger, alors pas besoin d’enregistrer de bagage. Tout devrait bien aller.

Je sous-estime un peu la circulation – et la tempête! – à l’aller. En apercevant toutes les voitures arrêtées à la sortie de l’autoroute, un petit vent de panique s’empare de moi. Heureusement, ça débloque et je réussis à me rendre à la sécurité avec un petit jeu. Évidemment, mon sac à dos passe de l’autre côté pour la deuxième inspection. Pas grave, j’ai encore le temps. Mais il faut que la personne devant moi soit la seule au monde qui n’a aucune idée des quantités de gels et de liquides permis. Elle a une bonne douzaine de bouteilles avec différents produits et doit faire des choix.

- Oui, mais elles sont toutes presque vides, dit la fille que je juge de plus en plus à mesure que ma fenêtre pour arriver à temps à la porte rétrécit.

Un gros 10 minutes plus tard, c’est à mon tour. Normalement, je sais ce qui cloche (j’ai des médicaments en injections depuis des années et ça me retarde parfois à la sécurité), mais je suis très, très déçue de moi quand l’agente me dit tout simplement que je n’ai pas vidé ma bouteille d’eau en métal. Bravo, débutante. J’aurais pu être à la porte depuis longtemps, n’eût été ça! Je cours aux douanes, que je passe heureusement en – sans blague – moins d’une minute. Il n’y avait absolument PERSONNE devant moi. Je n’ai jamais vu ça. En plus, le douanier ne m’a demandé ni mon passeport (la reconnaissance faciale a ses bons côtés) ni les papiers obligatoires de Charlot. Pas très assidu comme employé, mais je ne me plaindrai pas.

Je marche rapidement jusqu’à ma porte, où l’embarquement est déjà commencé. Tout va bien, je vais pouvoir prendre mon vol. Évidemment, en raison de la météo, on doit passer par le dégivrage. Je sais que ça peut être long et le capitaine nous en avertit également, mais ça finit par un étonnant « Oh well, folks, ç’a été plus rapide que prévu! » Tant mieux, parce que je commence à me dire que ça va être très difficile de ne pas rater ma correspondance, d’autant plus que je dois changer de terminal à Atlanta, un aéroport assez grand et achalandé, merci.

Le deuxième vol est à 22 h 40 et l’embarquement prend fin à 22 h 25.

À 22 h18, je suis encore dans l’avion, avec très peu d’espoir de me rendre. Je finis par réussir à sortir, mais j’ai ma journée dans le corps (soit déjà 8 km de marche au resto), un mauvais choix de chaussures vu la situation :

Un chien en laisse qui ne marche pas dans les escaliers mécaniques (pour faire une histoire courte, ça m’a coûté une fortune en vétérinaire d’urgence pour un incident de tapis roulant mécanique à l’aéroport de Dallas il y a plusieurs années), une valise et un sac à dos. Alors, courir avec tout ça, c’est voué à la catastrophe.

Ce qui devait arriver arriva et mes jambes fatiguées et lourdes ratent une marche en tentant de monter à la course les escaliers pour gagner du temps. Miracle, la seule personne blessée est moi et non Charlot. En toute honnêteté, j’ai quand même eu peur pour lui. Moi, je peux vivre avec les ecchymoses, je suis pas mal habituée.

Je réussis à me relever et à « courir » (c’est relatif à cette heure et avec mon niveau d’énergie) jusqu’à la porte où j’arrive par miracle à la toute fin de l’embarquement. Le hic, c’est ce que comme je suis une des dernières à embarquer, ils tiennent pour acquis que les compartiments supérieurs sont pleins (ce n’était pas le cas) et me force à envoyer mon bagage en soute. Eh boy que c’est là que tout a dérapé, avec du recul. Mais bon, restons dans le moment présent.

Je suis dans l’avion, tout se passe comme prévu. Le capitaine nous informe qu’il n’y aura pas de service de collation en raison de la mauvaise météo et que la consigne des ceintures restera allumée durant tout le vol. Décevant, vu que la seule chose que j’ai dans l’estomac depuis mon réveil, c’est un restant de pâtes mangé froid en deux heures comme toute serveuse d’expérience qui se respecte, et un sac de Sun Chips dans le premier vol qui était tellement minuscule que la mention « 70 calories » m’a marquée.

Bref, j’ai faim. Ce n’est pas la fin du monde, j’ai déjà informé mes parents de ma détresse alimentaire et ils viendront me chercher avec un sandwich.

À 33 minutes de l’atterrissage, alors qu’on devrait commencer à préparer la cabine pour l’arrivée, le capitaine prend la parole et parle beaucoup trop. Je sais que quelque chose cloche. En gros, ça ressemble à ça :

« Nous devons faire demi-tour. Il n’y a aucun problème mécanique avec l’avion, mais en raison de la météo, tous les avions du secteur ont été déviés et ont atterri en Floride, notamment à Fort Lauderdale. On nous a dit qu’il n’y avait plus assez d’espace de stationnement pour les avions ni assez d’employés et que si on atterrit, on devra attendre de six à huit heures avant que le quart de travail du matin commence et reparte la machine, et donc nous permette de nous rendre à la porte. La haute direction de Delta a ordonné qu’on opère un demi-tour. Je n’ai jamais vécu ça en 26 ans de carrière avec cette compagnie. Je n’ai pas plus d’information et je suis vraiment désolé. »

Bon, je dois avouer que je suis dans un mode un peu « je m’en-foutisme » parce que je n’ai rien de prévu demain et que je sais que l’aviation est un monde risqué. Mais je suis entourée de… Karen. J’ai tout entendu. Des théories du complot en disant « C’est sûr qu’ils ne nous disent pas tout », à « Mon fils a atterri avec Southwest, c’est impossible qu’on ne puisse pas y aller », en passant par la panique de ma voisine, qui doit absolument se rendre au travail le lendemain et qui me dit qu’il y a plein d’aéroports autour. Je tente tant bien que mal de lui expliquer qu’un avion de cette taille ne peut pas atterrir sur n’importe quelle piste, mais je comprends rapidement que c’est peine perdue et j’abandonne le projet.

Je vérifie sur l’application Delta et ça dit que le vol est reporté au beau milieu de la nuit. Mais les messages dans l’avion sont contradictoires : prendre tous nos effets personnels et demander à un agent à la porte où récupérer nos bagages. Vous dire à quel point je suis fâchée d’avoir été obligée de laisser le mien à la porte à peine deux heures plus tôt…

La réponse dudit agent quand je lui parle de ma valise? « C’est le carrousel 4, mais TSA (Transportation Security Administration) n’est pas payé et est zéro motivé à travailler, alors vous n’aurez pas vos bagages avant cinq ou six heures. Personne n’est motivé », me dit-il nonchalament.

Euh… Pardon?

J’ai beau suivre l’actualité politique américaine, il se passe tellement de choses que j’ai manqué cette nouvelle voulant que les travailleurs chargés de la sécurité dans les aéroports ne soient pas payés par le gouvernement, encore une fois, depuis le 14 février (Il y a un « shutdown » partiel parce que les Démocrates refusent d'approuver le budget de DHS – Department of Homeland Security –, qui couvre notamment TSA, mais aussi... ICE, là où le bât blesse). L’employé blasé nous dit d’aller au comptoir Delta – le même où j’avais vu au moins 200 personnes en file alors que je courais pour ne pas rater mon vol – et nous en propose un qui est moins achalandé.

Je m’y rends, mais alors que je me dis que cette file est interminable et que j’y aperçois quelques Karen en panique, je reçois un courriel de Delta me mentionnant l’annulation de mon vol, avec des options proposées, des hôtels payés à choisir et un bon d’achat pour de la nourriture à l’aéroport. Je fais les modifications en quelques clics, prenant bien soin de choisir un hôtel de luxe, même s’il est à une cinquantaine de kilomètres de l’aéroport pour éviter de revivre mes dernières expériences dans une chaîne bas de gamme très connue pour ses crêpes aux États-Unis (dernières dans le sens de plus récentes, mais également de « PU JAMAIS ») où on avait dû passer la nuit avec rien de moins que des coquerelles.

Le problème (un autre!), c’est que je n’ai pas pu recharger mon cell ou mon laptop dans les deux vols et que je vais bientôt manquer de batterie. De plus, je peux vivre sans vêtements et produits cosmétiques de base si je n’ai pas ma valise, mais la nourriture de Charlot s’y trouve. Je n’y ai pas pensé quand on m’a demandé si j’avais « des piles au lithium ou des médicaments » avant de l’envoyer en soute. La nourriture de mon petit prince, vous serez sûrement étonnés, provient uniquement du vétérinaire et est impossible à avoir aux États-Unis sans de gros maux de tête. Je suis donc en communication avec les employés sur l’appli Delta pour savoir quoi faire avec ma valise. En file pour les bagages, mon téléphone et mon ordi s’éteignent. Mon cell choisissant exactement le moment où l’employé de Delta me donnait le numéro de téléphone où appeler et la marche à suivre (vous savez, le genre de messagerie qu’on ne peut récupérer si on ferme la fenêtre?). Je ne peux pas plus commander le Uber payé par Delta puisque je n’ai pas accès à mon téléphone. C’est à ce moment que je réalise qu’il n’y a vraiment pas beaucoup de prises de courant dans cette foutue aérogare. J’en trouve une, j’y reste une bonne demi-heure pour avoir « assez de jus », mais pour une raison que j’ignore, je n’arrive pas à me connecter au Wi-Fi de l’aéroport. Je prends tout de même la décision de commander un Uber, de faire fi de ma valise et de remettre ça à demain.

Vers 2 h du matin, avec 9 % de batterie, je tente le tout pour le tout et je commande le transport Uber payé par Delta. Heureusement, il y a des prises à l’extérieur où tout le monde s’abreuve, j’ai presque des flash-backs de mes voyages dans des pays d’Afrique en voyant ça. J’arrive donc à mon hôtel peu après 3 h. Je ne suis pas seule, il y a avant et après moi des familles avec de très jeunes enfants, aussi là à cause de Delta. L’employé du Marriott est vraiment très cool, je dois l’admettre. Sachant qu’on a eu une grosse soirée, il met non seulement à notre disponibilité plusieurs bouteilles d’eau, mais il ferme également les yeux sur nos achats au dépanneur de l’hôtel. Je mange donc des chips, du houmous et des bretzels au beau milieu de la nuit!

Le lendemain, j’ai encore une fois l’option du Uber gratuit, mais en cours de route, je vois que le vol est retardé de trois heures. Comme je n’ai pas 100 % confiance en l’employé qui m’a dit que mon bagage serait automatiquement redirigé avec mon vol, je me dirige vers l’interminable file pour le service à la clientèle des bagages :

Ciboire.

Ça prend une semaine de vacances juste pour ça.

Je décide d’attendre, pendant que tout le monde autour souligne à quel point Charlot a un comportement exemplaire et qu’il est le chien le plus patient du monde, mais je rafraîchis sans cesse l’application pour faire le suivi de ma valise, tout en attendant pour discuter par texto avec un agent pour me faire confirmer encore une fois que je ne dois pas la récupérer ici. Après peut-être une heure à faire la file, je suis rendue aux deux tiers environ, je vois sur l’application que ma valise a été assignée à mon nouveau vol. Soulagement! Il ne me reste qu’à passer la sécurité et le tour est joué!

Évidemment, les malheurs ne vont pas s’arrêter là…

Je fais l’interminable file des personnes avec besoin d’assistance. On m’y a obligée avec Charlot – habituellement, je passe par la sécurité régulière – et là, c’est long. Je suis derrière une tonne de fauteuils roulants et de poussettes. Mais bon, pas le choix. Au bout de je ne sais plus combien de temps, c’est enfin mon tour. Je tombe sur l’employée qui déteste le plus sa job au monde. Je numérise mon passeport, fais prendre ma photo et mets ma carte d’embarquement (qui m’a été envoyée sur mon téléphone) sur le lecteur.

- Avez-vous fait votre check-in? me demande l’agente blasée.

- Évidemment, j’ai ma carte d’embarquement.

Il me semble que c’est juste logique, mais je tente de garder mon calme malgré mes deux grosses heures de sommeil.

- Ça prend une carte d’embarquement en papier, me dit-elle avec toute l’antipathie du monde.

- Elle est numérique, vous l’avez là, c’est quoi le problème?

- Mon système me demande une carte imprimée.

- Sérieux? Ça n’a aucun sens, ça va être la même.

- Ça me prend une carte imprimée, retournez au comptoir pour en avoir une.

- Et refaire la file?!? Voyons, c’est complètement ridicule!

C’est là que ça dégénère. J’ai juste fait ça, des files depuis mon arrivée à l’aéroport. C’est insensé. L’agente m’emmène à la porte (celle que le commun des mortels n’a pas le droit d’ouvrir), me pointe vaguement où aller et… me pousse en me disant de revenir cogner ici.

Elle. M’a. Poussée.

Ma patience a des limites. S’ensuit évidemment une engueulade. Tu as beau détester ta job, tu ne me touches pas et surtout, tu ne me pousses pas, espèce d’idiote!

- YOU PUSHED ME, crié-je alors que tout le monde autour est un peu sous le choc, car le geste était plus qu’évident.

- Non, je ne t’ai pas poussée et si tu continues, je vais appeler la sécurité et tu ne pourras plus passer.

Quelle conne. Je n’aurais jamais réagi de même si elle ne m’avait pas réellement poussée. J’ai failli perdre pied à cause de son geste, c’est tout dire. Je ne sais pas si c’est la fatigue, le sentiment d’impuissance ou la frustration, mais les larmes montent rapidement à mes yeux. Je suis vraiment écœurée. J’ai été patiente depuis le début, mais là, comme on dit en bon québécois, « c’est le bout de la marde ».

Après avoir suivi les indications de la conne, je me retrouve dans l’aérogare où je vois toutes les compagnies aériennes, sauf Delta. Je ne peux plus retenir mes larmes. Je suis à bout. J’accroche la première employée que je vois et je lui demande où est le comptoir Delta. Elle me répond avec tellement de gentillesse! Le genre « I got your back, honey, I’ll take care of you ». Elle m’emmène au comptoir, explique ma situation, numérise même mon passeport pour moi. Je me dis que c’est peut-être un peu trop d’aide, je ne suis pas si inapte que ça, mais je la laisse faire, puisque c’est la première personne aidante que je croise ici.

Je reçois ma carte d’embarquement imprimée et je me dirige vers la porte où je dois cogner pour retrouver la petite conne et enfin passer la sécurité. L’employée si « gentille » me dit de la suivre. Elle me fait passer par la file que j’ai faite un peu plus tôt en dépassant les gens. On arrive à la porte et l’agent, en me voyant, se met à me dire que je n’ai pas d’affaire là puisque j’ai un chien. Heureusement, il comprend rapidement que je « court-circuite » sa file pour prendre la fameuse porte qui mène dans une tout autre section. Au moins, il s'excuse et est courtois, lui.

L’employée me suit, comme si j’étais une enfant incapable de mettre moi-même mon passeport sur le lecteur. Je commence à trouver ça un peu lourd et louche, mais je n’en fais pas de cas. Je lui dis que je suis correcte pour la suite, mais elle ne semble pas vouloir m’écouter.

Je passe la sécurité comme à l’habitude et lorsque le bac contenant mes effets ressort à l’autre bout, l’employée le prend et apporte le tout sur un banc en me disant de m’installer et de reprendre mes trucs. Au passage, j’ai cru entendre le mot « tipping », mais je suis un peu dans le déni et me dis qu’une agente fédérale ne me demanderait sûrement pas de lui donner un pourboire pour ça…

Puis, alors que je suis en train de remettre mes bottes et ranger mon laptop dans mon sac, elle s’approche et me dit : « You have cash, or Apple Pay? We need help. »

Je n’en reviens pas. J’ai voyagé dans quelques pays en voie de développement et je n’ai jamais vécu ça! Mal à l’aise, je fouille dans mon portefeuille et trouve deux billets de 5 $ américains. Je lui donne discrètement. D’une part, je suis sous le choc, d’une autre j’ai peur de me faire prendre à tenter de soudoyer un agent fédéral. Nul besoin de dire que je me suis sauvée assez rapidement merci pour rejoindre ma porte d’embarquement.

Ce n’est qu’une fois arrivée là que je constate que mon vol est à nouveau retardé, cette fois de trois heures. Je suis plus que tannée. Et je n’ai pratiquement rien mangé depuis 24 heures, alors je vais au P.F. Chang’s, un resto asiatique que j’aime bien, pour utiliser mon très généreux voucher de 12 $ offert par la compagnie aérienne.

Mais avant ça, je dois trouver quelque chose pour Charlot, qui doit mourir de faim. Les options ne sont pas nombreuses. Alors je me suis retrouvée au genre de petit dépanneur devant ce qui ressemble à un Ficello en train de googler à savoir si un chien peut manger un mélange de mozzarella et de cheddar. La réponse étant oui, je lui ai acheté. Seul succès de ce voyage à date!

Quant à moi, une fois venu le moment du paiement (en fait, la barmaid a terminé son shift et m’a demandé de payer, je suis encore en train de manger), j’ai droit à cette conversation super agréable :

- Est-ce que vous prenez les vouchers? demandé-je.

- Combien? me répond sèchement la barmaid.

- Seulement 12 $...

- Tu ne peux pas « tipper » sur le voucher », dit-elle encore plus sèchement, avec en plus du mépris dans la voix.

- Euh… Je sais comment ça fonctionne, ne t’inquiète pas, réponds-je, me demandant si je suis en droit d’être insultée ou non par son attitude.

Je calcule le montant avant mon voucher, laisse 20 % de pourboire comme c’est la norme aux États-Unis et je lui remets le papier signé (ils ne sont pas arrivés en 2026 à ce resto). Elle le prend, ne me regarde même pas et ne me dit aucun merci.

Tout pour agrémenter mon voyage si parfait jusqu’à présent.

Il ne me reste qu’un vol. Mes parents vont venir me chercher à l’aéroport et ce cauchemar sera enfin fini.

Afin de tenter de dormir un peu dans l’avion, j’abaisse mon siège. La dame derrière moi le repousse instantanément. Je l’abaisse à nouveau, même chose. Je me retourne pour lui demander gentiment quel est son problème et elle se met à m’engueuler en me disant que je n’ai pas le droit de baisser mon siège. Il faut que je fasse intervenir l’agent de bord pour qu’il lui confirme que j’ai bel et bien le droit. Visiblement, je ne me reposerai jamais!

Après avoir fait un immense détour – on s’est presque rendus aux Keys alors que j’atterrissais à Fort Lauderdale – on atterrit vers 22 h 20, puis… l’avion s’immobilise. Loin de l’aérogare. Ça regarde mal.

Le capitaine prend la parole.

-       Comme on est parti plusieurs heures en retard, il n’y a pas de porte pour nous. Elles sont occupées par des avions aux vols annulés. Ça devrait prendre une demi-heure. On vous tient au courant.

Près d’une heure après l’atterrissage, le capitaine nous annonce que l’autorisation de déplacer ces avions aux vols annulés a été accordée, mais que ça peut prendre une autre demi-heure.

Le temps passe. Le capitaine nous annonce qu’on a l’autorisation de bouger. On ne bouge pas. Il finit par dire qu’il ne reçoit même pas d’information, mais qu’aux dernières nouvelles, on est les prochains.

C’est finalement 2 h 43 min après avoir touché le sol que je peux enfin sortir de l’avion. Prochain défi? Trouver ma foutue valise enregistrée contre mon gré.

Je n’ai plus de batterie sur mon cell puisque le chargeur ne fonctionnait pas dans cet avion non plus. Juste avant de s’éteindre, l’application m’indique que ma valise a été livrée au carrousel no 1. J’y accours. Non seulement elle n’est pas là, mais ce n’est pas le bon numéro de vol qui y est affiché. Le mien doit arriver au carrousel no 3, où il n’y a aucune trace de ma valise.

Je me mets donc en file – encore! – pour le service à la clientèle des bagages. Quelques minutes plus tard, une dame derrière moi reconnaît un homme qui était sur son vol et qui a ses bagages. Elle lui demande comment il a fait et il lui dit qu’ils sont au carrousel no 2. Puis, en m’apercevant, il me dit : « Tu étais sur mon vol! Il est où ton chien? (Il est dehors avec ma mère) Nos valises sont au carrousel no 2! »

J’y accours, encore une fois, pleine d’espoirs. Et c’est là que l’aperçois. Ma valise que j’aimais tant… avant. C’est une Heys et vu que j’ai trois valises représentant trois parties du monde, celle-ci en est une avec un tas de dessins représentant... les États-Unis. Ça se peut que je m’en commande une autre, je dis ça comme ça.

Il est 3 h 15 quand je retrouve enfin mon lit. Je serai assurément brûlée demain. Je viens de perdre les deux premières journées de mon court voyage.

Le mot de la fin revient à ma mère (et je l’écris ici pour en avoir la preuve ad vitam aeternam!) : « Pu JAMAIS d’escale pour toi! À l’avenir, juste des vols directs. Peu importe le prix! »

Ce sera au moins ça de positif dans toute cette mésaventure…



mardi 21 octobre 2025

La peur de passer les douanes américaines...

J’essaie de boycotter le plus possible les États-Unis depuis quelques mois – je vous laisse deviner pourquoi –, mais ce n’est pas évident en ayant des parents Snowbirds qui y habitent six mois par année.

Ce n’est aussi pas évident quand on a comme habitude d’aller voir des matchs de hockey, de baseball, de football, de basketball et des tournois de tennis depuis des années. Bref, j’étais confrontée entre mes valeurs et mes désirs lorsque le calendrier de la NFL est sorti, puisque je voulais vraiment retourner voir un match de mon équipe préférée, les Colts d’Indianapolis, pour la première fois depuis 2021. Bon, c’est sûr que si je n’avais pas eu la brillante idée de me fracturer une cheville en Norvège l’année suivante, j’aurais suivi mon plan d’aller les voir à Las Vegas cette saison-là, mais c’est une autre histoire.

J’ai donc attendu un peu, puis, comme mon but est de voir tous les stades et que plus ça va, plus les options de matchs des Colts dans des stades où je ne suis jamais allée se font rares, j’avais trois choix : deux à Los Angeles et un à Pittsburgh. C’est là que sont entrées en ligne de compte mes valeurs, qui se rapprochent pas mal des habitants et politiciens élus de la Californie, disons ça ainsi.

En plus, l’automne arrive au Québec et il fait chaud à LA. Le choix était donc facile. Encore mieux, les Kings jouaient à domicile la veille du match des Colts et c’est une des quatre seules équipes que je n’ai encore pas vues à domicile dans la LNH (sur 32, je suis quand même pas pire!).

Puis, quelques jours avant de partir, j’ai réalisé que les Dodgers jouaient également en finale de la Ligue nationale au Dodgers Stadium pendant mon séjour. Je pensais que les billets ne seraient pas achetables, vu les prix à Toronto pour les matchs des Blue Jays, mais j’ai été stupéfaite de trouver un billet – même pas en revente! – à 200 USD. Je l’ai évidemment acheté puisque mon billet d’avion (personne ne veut aller aux États-Unis en ce moment, ça paraît) et mes autres billets étaient beaucoup moins chers que ce à quoi je m’attendais.

Tout était réglé, sauf… le stress d’aller aux États-Unis. Pour la première fois de ma vie, je l’avoue, j’ai eu peur de traverser les douanes, de me faire refuser l’entrée. J’ai angoissé en pensant à tout ce qui se passait dans cette ville et cet État en me disant que j’allais continuellement craindre pour ma sécurité, etc.

Pire encore, j’ai croisé une voisine française quelques jours avant de partir qui m’a raconté qu’elle s’était fait refuser l’entrée aux États-Unis avec son amie parce qu’elles avaient visité Cuba récemment. J’y suis allée en 2019, mais je me suis quand même mise à paniquer en me demandant également si les douaniers allaient vérifier les comptes Facebook auxquels je suis abonnée. J’ai vraiment trop entendu d’histoires d’horreur dernièrement!

J’ai donc rempli le formulaire I-94 dont on m’avait parlé pour être certaine, même s’il n’était pas obligatoire. Ça m’a coûté 43,16 CAD pour ça, en plus! Puis, la veille de mon départ, j’ai fait de l’insomnie parce que j’ai réalisé que j’avais pensé à tout, sauf à la copie imprimée de la preuve du dernier vaccin contre la rage de mon chien, qui m’accompagne, bien évidemment. Eh merde. Voir que j’avais pensé à tous les aspects, sauf à celui-là! Parce que depuis environ un an, je dois remplir un document supplémentaire quand je voyage avec lui, mais je l’avais fait et tout était en règle.

C’est donc une fille pas mal stressée qui s’est présentée aux douanes de YUL en priant très fort que son voyage ne tombe pas à l’eau. Heureusement, je suis tombée sur un douanier qui était probablement du même côté du spectre politique que moi et qui m’a même suggéré une vidéo virale concernant un partisan des Colts!

Mais même si traverser la frontière a été beaucoup plus facile que je l’imaginais, mon anxiété ne m’avait pas tout à fait quittée. Après tout, je me dirigeais dans un endroit où la garde nationale avait été déployée et où les agents d’ICE semblent prendre un malin plaisir à semer la terreur. Pour la première fois de ma vie, j’étais contente d’être blonde aux yeux très souvent verts (l’avantage des yeux pers!). Pour avoir visité les camps de concentration en Pologne, la maison d’Ann Frank à Amsterdam et un tas d’autres sites historiques, j’avoue que je trouve tout cela très spécial. Et inquiétant.

Pour couronner le tout, j’ai appris une fois sur place que la deuxième édition de « No Kings day » aurait lieu pendant mon passage. Moi qui pensais que tout allait bien! J’avais réservé un hôtel relativement à gros prix en plein centre-ville, à deux pas du Crypto.com Arena pour me sentir un tantinet plus en sécurité, mais je me suis posé plein de questions quand j’ai su ça.

Heureusement, je n’ai rien vu des manifestations, à part plusieurs pancartes et chandails de gens qui s’y rendaient, puisque j’ai choisi une activité loin du centre-ville pour la journée. À mon retour, il n’y en avait aucune trace.

La réalité, c’est que je n’ai vu aucun agent d’ICE. Personne de la garde nationale. Il y a plutôt des agents de sécurité à l’entrée de plusieurs commerces, même des fast-foods! Dans les stations de métro, il y a plusieurs employés qui sont là pour nous guider et qui assurent la sécurité et j’ai même eu la visite de policiers dans mon wagon qui ont demandé si tout allait bien. Honnêtement, je me suis quasiment sentie plus en sécurité qu’à Montréal. Il y a même cet itinérant sympathique qui m’a dit qu’il était là si j’avais besoin de quelque chose lorsque je suis rentrée à mon hôtel après le match de baseball.

Bref, je suis très contente de reprendre mes voyages de sports où j’ajoute des stades et des arénas à ma liste, mais je me serais grandement passée de tous les tracas qui viennent désormais avec les voyages au pays de l’Oncle Sam… Et on n’a pas fini!

mardi 14 octobre 2025

Des faux-espoirs et un quartier... particulier

Lors de mon dernier voyage, j’ai gardé la capitale de la Slovénie, Ljubljana (qu’on prononce Loubiana et qui contient beaucoup trop de consonnes pour rien!), pour la fin.

Voici donc quelques faits saillants, ou « p’tites vites » sur cette ville.

Lorsqu’on fait des recherches sur Ljubljana, une des premières photos qui apparaît est celle-ci :

En toute honnêteté, celle que je voyais toujours était encore plus belle, avec une rivière turquoise, mais je n’arrive plus à la trouver! Donc, à mon arrivée, je me suis dit que j’irais faire une petite croisière sur la rivière. Il y a quelques arrêts où des bateaux de différentes compagnies offrent ce trajet aller-retour qui dure une heure au total.

Je me doutais bien que ce ne serait pas aussi beau. J’avais déjà vécu une « déception Instagram » à Cinque Terre, notamment. Mais je n’étais pas la seule, puisque d’autres touristes qui sont embarquées en même temps que moi ont dit « oh, pas tout à fait comme sur les photos! »

Mais bon, c’était quand même beau. La première demi-heure vaut la peine puisqu’on passe notamment sous le triple pont, qui fait partie du patrimoine de l’UNESCO. Le premier a été construit en 1842 et n’avait rien d’exceptionnel. Mais entre 1929 et 1932, l’architecte Jože Plečnik a décidé d’en ajouter deux au même endroit pour les piétons. Difficile de comprendre la logique derrière tout ça, mais ça en fait aujourd’hui la renommée de la ville.

 

Après avoir vu les sculptures de la sirène à Copenhague au Danemark et de sa « jumelle » à Varsovie, j’ai été surprise de croiser celle femme nue à Ljubljana, qui m'a fait penser aux sirènes, même si elle a des jambes, telles une Ariel qui a donné sa voix à la méchante de l'histoire. Elle semble toutefois être beaucoup moins importante puisque la documentation à son compte est assez rare!

Comme chaque fois que je voyage, je vérifie sur le site Atlas Obscura si quelque chose d’intéressant se trouve où je suis. On y soulignait les décorations sur les cheminées d’une usine. Rien d’extraordinaire selon moi, mais j’étais bien contente de les apercevoir du haut de la petite montagne sur laquelle est juché le château.

J’ai été surprise de voir ceci au sommet de deux édifices au centre-ville :

 

C’est la Place de la République et malgré mes visites guidées et mes recherches, je ne sais toujours pas pourquoi on retrouve ce genre d’architecture au sommet. Tout ce qu’on nous a dit pendant la visite, c’est que c’est passé récemment d’un grand stationnement à une place piétonne. On repassera pour les informations utiles…

Un des trésors cachés des passionnés de trucs bizarres comme moi se trouve dans une petite rue piétonne de la capitale. Je ne l’aurais jamais trouvée sans le site Atlas Obscura. On y trouve environ 700 petites sculptures de visages expressifs, que ce soit des grimaces, des airs de surprise ou de tristesse.

 
 
 

Une des raisons pour lesquelles j’ai choisi la Slovénie, c’est le fait que ce pays est plutôt petit et me permettait de l’explorer en un court séjour. Ces pancartes annonçant les villes à proximité dans divers pays le démontrent bien.

Une autre des suggestions d’Atlas Obscura (je sais, c’est vraiment une obsession!) était d’aller voir les statues de chiens dans le parc où se trouve le château Tivoli. On dit qu'elles sont particulières parce qu’elles n’ont pas de langue et que cela est vu comme une grande énigme. La marche était longue pour s’y rendre et ça ne valait pas tellement la peine, mais les voici :

J’avais également vu (sur le même site, vous l’aurez deviné) des photos de maisons avec un tas de squelettes à l’avant, qu’on annonçait comme des vestiges de baraques militaires. Je les ai un peu cherchées et j’ai compris que c’était dans un quartier qui ressemble à un autre que j’avais visité au Danemark, Christiana, où les résidents ne semblent pas très enclins à suivre les règles de la société, mettons. Je sais que c’était sécuritaire, mais j’ai tout de même rangé ma caméra dans mon sac et pris des photos subtilement avec mon cellulaire. Je me souvenais que c’était déconseillé de prendre des photos à Christiana et on pouvait aussi voir des affiches nous incitant fortement à ne pas photographier les habitants. Il y avait également quelques sans-abris, alors je me suis gardé une petite gêne.

C’était toutefois sociologiquement et artistiquement plutôt intéressant!

 



mardi 22 juillet 2025

P'tites vites de la Slovénie

Je suis revenue de la Slovénie il y a quelques jours, évidemment complètement brûlée après avoir marché pas moins de 82 km en huit jours – dont beaucoup trop en gougounes vers la fin! –, mais j’en ai encore pas mal à raconter sur mon 50e pays.

Voici donc quelques faits saillants et anecdotes en vrac.

Un de mes mots préférés de la langue française, c’est paréidolie. Aucune idée pourquoi je tripe à ce point sur ce mot, mais voici la définition : « Processus cognitif par lequel l'interprétation de stimuli visuels mène à l'identification d'une forme familière dans des objets communs ou des structures aléatoires. »

En gros, c’est quand on voit des visages ou des animaux dans de la roche, des nuages, ou peu importe. J’ai même déjà écouté un balado expliquant ce phénomène! J’ai appris ce mot lors de mon passage au Saguenay  pendant la pandémie, alors qu’on peut clairement y voir un chien dans un rocher. J’en avais vu un autre en Oregon, lors de mon road trip à travers les États-Unis en 2018. 

Cette fois, il s’agit de la « Pagan Girl ». Elle n’était pas évidente à trouver, cette Pagan Girl. Au beau milieu des Alpes, après avoir monté pendant plusieurs kilomètres (et pesté contre la piètre performance du moteur de ma voiture, j’y reviendrai!), je me suis arrêtée dans une courbe où plusieurs voitures étaient également stationnées, puisque c’est ce que les coordonnées GPS indiquaient. Il fallait se rendre dans un genre d’auberge, en devant marcher un long moment sur un chemin où ce n’était pas clair si les voitures étaient admises ou pas, mais qui était en pente ascendante. Peu avant de me rendre à ladite auberge, j’ai vu une affiche décrivant la roche que je cherchais. Je me suis dit que j’étais dans la bonne direction, alors j’ai poursuivi jusqu’à l’immeuble. Une fois sur place, je suis entrée pour demander où je devais aller pour voir la fameuse roche, parce qu’il y avait un sentier qui menait au sommet d’une autre montagne dans les Alpes juliennes où on se trouvait et je n’avais pas vraiment envie de la gravir pour rien! L’employée m’a dit « je pense que c’est par là », mais vu son hésitation, je ne lui ai absolument pas fait confiance et j’ai demandé à parler à une de ses collègues. Une chance! Parce qu’elle m’a renvoyée sur mes pas et m’a dit qu’en prenant le virage que je venais d’emprunter, je la verrais.

Comment dire… À quel point est-ce que je me suis dit que la fatigue avait altéré ma rapidité de traitement de l’information quand j’ai réalisé que l’affiche que j’avais lue… était directement devant ceci :

 

Bravo à moi et à ma fatigue! À ma défense, je ne parle pas slovène et il y avait une flèche vers la gauche avec « 5 min », alors je pensais que c’était pour la Pagan Girl!

Selon la légende, c’est une géante païenne pétrifiée. On disait d’elle que c’était une femme gentille et chaleureuse qui aidait les alpinistes et les personnes transportant des marchandises à trouver leur chemin à travers le blizzard, jusqu'à Trenta. Elle était également une divinité du destin capable de prédire celui des nouveau-nés. À l’un d’eux, elle a prédit qu'il deviendrait un chasseur courageux, sans égal au pied de Prisank (la montagne des Alpes). Il tirerait sur un chamois blanc aux cornes d'or, vendrait les cornes et deviendrait incroyablement riche. Lorsque les autres Parques ont eu vent de sa prophétie, elles l’ont maudite et dès qu’elle est rentrée chez elle à Prisank, elle s’est transformée en pierre.

Comme partout en Europe, il y a de nombreux carrefours giratoires en Slovénie, mais j’ai beaucoup aimé les efforts pour les décorer, comme celui-ci :

Normalement, j’adore les murales. Mais dans cette ville, soit Piran sur la côte de la mer Adriatique, mettons que ça jurait un peu…

J’ai croisé une voiture presque identique à ma toute première, que j’ai tellement aimée. Comme c’est un modèle 2000, disons que ça faisait longtemps que je n’en avais pas croisé! La mienne était rouge cerise et avait un aileron (et n’avait évidemment pas brûlé au soleil), mais j’ai bien aimé ce petit rappel du passé!

 

Ah et juste pour le plaisir, voici la mienne, qui faisait de moi une fille très cool au Cégep dans le temps!

 

Parlant de voiture… Quand je voyage, je loue toujours le modèle le plus cheap, parce que j’en ai rien à foutre de la voiture que je conduis, tant qu’elle me mène du point A au point B, qu’elle ne coûte pas trop cher en essence et qu’il y a assez de place pour ma valise. C’est donc un deuxième voyage de suite où je me retrouve avec une Kia Picanto. Très pratique parce que très petite et économique, mais… ciboire que ça n’a pas de puissance cette petite chose! Dans les Alpes, j’ai dû faire presque tout le trajet de la Vrsic Pass en première vitesse et très rarement en deuxième. Le trajet avait l’air de ça :

Et sur l’autoroute avec une légère inclinaison, si je restais en cinquième vitesse, même le pied au fond, je peinais à atteindre les 90 km/h. Disons simplement que j’étais très, très loin de la puissance de ma voiture à la maison. Je vous laisse imaginer si ma première voiture à 17 ans était une Ford Cougar V6 ce que je conduis aujourd'hui à 28 ans!

Je n’ai pas réussi à prendre une bonne photo, mais toutes les bétonnières que j’ai croisées à Ljubljana étaient peintes comme des melons d’eau.

J’ai trouvé géniale leur gestion des déchets, du compost et du recyclage dans la capitale. Il n’y a pas vraiment de poubelles régulières dans les rues, mais il y a cela, des gros bacs très bien identifiés, qui sont reliés à un système souterrain pour les vider. Cela évite de voir des poubelles déborder et aussi, ç’a réduit grandement les collectes dans les maisons, puisque les gens peuvent aller les déposer directement là et que tout est déjà trié. Brillant!

C’est tellement un pays sécuritaire que les motocyclistes laissent tout leur équipement sur leur moto; casque, manteau, bottes, gants… sans crainte de se les faire voler!

dimanche 13 juillet 2025

Bébé dragon et bijoux de la nature

Mon voyage en Slovénie est plutôt éclectique, alors que je passe des Alpes juliennes à des grottes en passant par d’innombrables chutes et la mer Adriatique.

Des eaux turquoise, j’en ai vu et pas à peu près! C’est toujours très impressionnant. Chaque fois que je pensais avoir le meilleur point de vue, j’en découvrais un encore plus beau.

Mon coup de cœur est sur le chemin menant aux chutes Kozjak, où l’on peut admirer ceci à partir d’un pont suspendu.

Le tout pour mener à cette tout aussi magnifique chute, qui vaut la petite marche d’une trentaine de minutes (même si dans mon cas, c’était ma troisième randonnée de la journée!).

J’ai aussi suivi la suggestion d’un gars rencontré dans un resto-bar qui me regardait planifier mon voyage avec mon livre et mon laptop (il m’a donné plusieurs bons conseils!) et je suis allée voir le pont Napoléon, que je n’avais vu absolument nulle part dans mon livre ou mes recherches.

Il y a aussi une tonne de grottes et de cavernes à visiter en banlieue de la capitale, Ljubljana. Celle qui compte sur le plus de publicité, c’est la grotte de Postojna. On offre la visite avec un prix spécial qui combine le château de Predjama, que je voulais également visiter. J’ai commencé par la grotte, en n’ayant honnêtement pas trop d’attente. Ce n’est pas que je commence à être blasée par tout ce que j’ai vu (OK, peut-être un peu), mais les grottes se ressemblent pas mal toutes.

Celle-ci était immense, certes, de toute beauté également, mais je n’ai pas eu de gros « wow » puisque ça me semblait du déjà-vu. J’ai donc eu le temps de me poser un tas de questions comme « mais comment ont-ils installé l’électricité partout pour les lumières, tout en conservant le caractère dit intouchable des lieux? »

On se rend au centre de la grotte par un train et au début, je n’avais pas compris qu’il ne faisait que nous y mener. Je trouvais qu’il allait pas mal vite, ne nous laissant absolument pas le temps de voir les paysages ou encore moins de prendre de photos! Mais finalement, c’est un trajet d’environ 1,5 km à l’intérieur qui se fait à pied.

Ce qui m’a le plus intriguée, ce sont les « baby dragons », ces genres de lézards typiques à la région qui sont aussi vendus en toutous (surprise, chère filleule, c’est ça que je te rapporte!). On a piqué ma curiosité en me disant qu’ils pouvaient vivre jusqu’à 10 ans sans manger, mais je n’ai pas eu tant d’info lors de cette visite.

Puis, je me suis dirigée vers le château de Predjama, qui est à moitié dans une grotte, ce qui assurait la sécurité de ses occupants avec tous ses chemins secrets. Ça, je l’avoue, c’était quand même très cool.

J’ai même appris un nouveau mot : troglodyte, soit « une demeure creusée dans la roche ». Maintenant, je dois juste m’en rappeler!

Puis j’ai pris une chance et je me suis dirigée vers la grotte Planina, que j’avais trouvée en fouillant très loin dans mon guide et qui n’est affichée à peu près nulle part. On ne pouvait pas acheter de billet en ligne ni connaître les horaires, mais c’était une caverne où il fallait se promener avec une lampe-torche. On y offrait des excursions en bateau, mais elles durent de quatre à cinq heures, on doit réserver et c’est selon le niveau de l’eau. J’ai pris une chance avec la visite à pied d’une heure.

À mon arrivée, un méga orage s’est abattu sur nous. Après avoir rapidement compris que je voulais faire la visite (il y en avait une à 15h et une autre à 17h et il était 15h10…), l’employé a crié à sa collègue de m’attendre. J’ai fait une Superman de moi-même et j’ai enfilé mes jeans par-dessus mes vêtements, mis mon imperméable et mes bottes de randonnée et je me suis dépêchée à rejoindre la guide et les deux seuls participants dans la caverne. Dans la hâte, l’employé a oublié de me donner ma lampe-torche, mais la guide m’en a prêté une petite. Ça m’a un peu fait chier parce que ce j’étais la seule des trois participantes à prendre des photos et qu’une vraie lampe aurait été utile, mais bon.

Comme il pleuvait sans bon sens, l’humidité était à son comble à l’intérieur.

On y apprend que ce sont les Italiens qui ont tenté de construire des passages reliant cette caverne à la grotte de Postojna pendant la Deuxième Guerre mondiale. Ils y ont caché des armes, notamment, mais les travaux auraient duré plus longtemps que la guerre, alors ils ont été abandonnés. Ils ont aussi découvert avec le temps que sept rivières de la région, portant toutes des noms différents, étaient en fait la même, ce qu’ils ont découvert en y mettant du colorant.

Puis, la caverne est l’hôte du plus important confluent souterrain de l’Europe, avec trois rivières qui se croisent à un moment.

Mais ce qu’il y avait de plus intéressant pour la curieuse en moi, c’est l’explication des bébés dragons, ou « human fish », en anglais. Attendez, quoi? Après quelques recherches, ce n’est pas son nom officiel, mais plutôt : Protée anguillard, aussi appelé olm, salamandre blanche ou salamandre des grottes. Moins sexy, mettons.

N’empêche que cette petite créature qui semble tout droit sortie de l’âge préhistorique est intéressante. Elle ne vit que dans les grottes de cette grande région et on est plutôt chanceux si on en voit une vraie. J’ai eu cette chance, yeah!

On peut aussi les voir lors de la visite de la grotte de Postojna, mais elles sont en captivité.

Je dis qu'on est chanceux surtout parce qu’elles se sauvent lorsqu’on lui envoie de la lumière, qu'elles détectent avec leur peau. Cette salamandre n’a pas de pigmentation et même si elle nait avec des yeux, la peau les recouvre tranquillement en vieillissant et elle devient aveugle. En même temps, notre guide nous a fait la démonstration de la pleine noirceur en éteignant toutes nos lampes de poche et c’est vrai que des yeux… c’est complètement inutile. C’est quand même rare qu’on puisse vivre ce noir absolu. J’avais peur de perdre l’équilibre!

Pour revenir à cette petite créature, les raisons pour lesquelles il y a le mot « humain » dans son surnom sont nombreuses. D’abord, elle a notre couleur de peau, puis elle a des bras et des jambes. Elle a des branchies, qui ressemblent à des oreilles, mais également des poumons. Ils ne sont toutefois pas développés, alors elle est incapable de respirer en dehors de l’eau.

Ah et ils peuvent vivre jusqu’à 100 ans. Maudit que leur vie doit être plate!

Mais bon, cette autre expérience était enrichissante et très cool, quoiqu’un peu glauque, si on se fie à cette photo!