lundi 23 mars 2026

L'enfer se trouve à Atlanta

   Tout ça a commencé quand j’ai eu la brillante idée de me dire « Je vais faire mon shift du dimanche midi au resto – mon seul quart de travail que je fais encore comme serveuse parce que j’adore ça – et je vais prendre l’avion en soirée, au lieu de perdre une journée et de partir le lundi. »

Comment dire… Quelle décision de marde!

Je vous invite donc à revivre mon interminable périple vers la Floride, où je prévoyais passer quelques jours et assister au Miami Open avec mon père.

Comme je tenais absolument à partir le dimanche soir, je me suis retrouvée avec une escale à Atlanta. Il faut préciser que, puisque je voyage avec Charlot, mon chihuahua globe-trotter, je m’en tiens pas mal à Air Canada et à Delta, avec qui c’est beaucoup plus facile avec lui. Pour ceux et celles qui l’ignorent, Charlot est un chien d’assistance qualifié, ce qui lui donne le droit de voyager gratuitement en Amérique du Nord, sous certaines conditions.

Le trajet semble à première vue très simple, soit Montréal-Atlanta avec une escale d’environ une heure, puis Atlanta-Fort Lauderdale avec une arrivée un peu après minuit. Je voyage léger, alors pas besoin d’enregistrer de bagage. Tout devrait bien aller.

Je sous-estime un peu la circulation – et la tempête! – à l’aller. En apercevant toutes les voitures arrêtées à la sortie de l’autoroute, un petit vent de panique s’empare de moi. Heureusement, ça débloque et je réussis à me rendre à la sécurité avec un petit jeu. Évidemment, mon sac à dos passe de l’autre côté pour la deuxième inspection. Pas grave, j’ai encore le temps. Mais il faut que la personne devant moi soit la seule au monde qui n’a aucune idée des quantités de gels et de liquides permis. Elle a une bonne douzaine de bouteilles avec différents produits et doit faire des choix.

- Oui, mais elles sont toutes presque vides, dit la fille que je juge de plus en plus à mesure que ma fenêtre pour arriver à temps à la porte rétrécit.

Un gros 10 minutes plus tard, c’est à mon tour. Normalement, je sais ce qui cloche (j’ai des médicaments en injections depuis des années et ça me retarde parfois à la sécurité), mais je suis très, très déçue de moi quand l’agente me dit tout simplement que je n’ai pas vidé ma bouteille d’eau en métal. Bravo, débutante. J’aurais pu être à la porte depuis longtemps, n’eût été ça! Je cours aux douanes, que je passe heureusement en – sans blague – moins d’une minute. Il n’y avait absolument PERSONNE devant moi. Je n’ai jamais vu ça. En plus, le douanier ne m’a demandé ni mon passeport (la reconnaissance faciale a ses bons côtés) ni les papiers obligatoires de Charlot. Pas très assidu comme employé, mais je ne me plaindrai pas.

Je marche rapidement jusqu’à ma porte, où l’embarquement est déjà commencé. Tout va bien, je vais pouvoir prendre mon vol. Évidemment, en raison de la météo, on doit passer par le dégivrage. Je sais que ça peut être long et le capitaine nous en avertit également, mais ça finit par un étonnant « Oh well, folks, ç’a été plus rapide que prévu! » Tant mieux, parce que je commence à me dire que ça va être très difficile de ne pas rater ma correspondance, d’autant plus que je dois changer de terminal à Atlanta, un aéroport assez grand et achalandé, merci.

Le deuxième vol est à 22 h 40 et l’embarquement prend fin à 22 h 25.

À 22 h18, je suis encore dans l’avion, avec très peu d’espoir de me rendre. Je finis par réussir à sortir, mais j’ai ma journée dans le corps (soit déjà 8 km de marche au resto), un mauvais choix de chaussures vu la situation :

Un chien en laisse qui ne marche pas dans les escaliers mécaniques (pour faire une histoire courte, ça m’a coûté une fortune en vétérinaire d’urgence pour un incident de tapis roulant mécanique à l’aéroport de Dallas il y a plusieurs années), une valise et un sac à dos. Alors, courir avec tout ça, c’est voué à la catastrophe.

Ce qui devait arriver arriva et mes jambes fatiguées et lourdes ratent une marche en tentant de monter à la course les escaliers pour gagner du temps. Miracle, la seule personne blessée est moi et non Charlot. En toute honnêteté, j’ai quand même eu peur pour lui. Moi, je peux vivre avec les ecchymoses, je suis pas mal habituée.

Je réussis à me relever et à « courir » (c’est relatif à cette heure et avec mon niveau d’énergie) jusqu’à la porte où j’arrive par miracle à la toute fin de l’embarquement. Le hic, c’est ce que comme je suis une des dernières à embarquer, ils tiennent pour acquis que les compartiments supérieurs sont pleins (ce n’était pas le cas) et me force à envoyer mon bagage en soute. Eh boy que c’est là que tout a dérapé, avec du recul. Mais bon, restons dans le moment présent.

Je suis dans l’avion, tout se passe comme prévu. Le capitaine nous informe qu’il n’y aura pas de service de collation en raison de la mauvaise météo et que la consigne des ceintures restera allumée durant tout le vol. Décevant, vu que la seule chose que j’ai dans l’estomac depuis mon réveil, c’est un restant de pâtes mangé froid en deux heures comme toute serveuse d’expérience qui se respecte, et un sac de Sun Chips dans le premier vol qui était tellement minuscule que la mention « 70 calories » m’a marquée.

Bref, j’ai faim. Ce n’est pas la fin du monde, j’ai déjà informé mes parents de ma détresse alimentaire et ils viendront me chercher avec un sandwich.

À 33 minutes de l’atterrissage, alors qu’on devrait commencer à préparer la cabine pour l’arrivée, le capitaine prend la parole et parle beaucoup trop. Je sais que quelque chose cloche. En gros, ça ressemble à ça :

« Nous devons faire demi-tour. Il n’y a aucun problème mécanique avec l’avion, mais en raison de la météo, tous les avions du secteur ont été déviés et ont atterri en Floride, notamment à Fort Lauderdale. On nous a dit qu’il n’y avait plus assez d’espace de stationnement pour les avions ni assez d’employés et que si on atterrit, on devra attendre de six à huit heures avant que le quart de travail du matin commence et reparte la machine, et donc nous permette de nous rendre à la porte. La haute direction de Delta a ordonné qu’on opère un demi-tour. Je n’ai jamais vécu ça en 26 ans de carrière avec cette compagnie. Je n’ai pas plus d’information et je suis vraiment désolé. »

Bon, je dois avouer que je suis dans un mode un peu « je m’en-foutisme » parce que je n’ai rien de prévu demain et que je sais que l’aviation est un monde risqué. Mais je suis entourée de… Karen. J’ai tout entendu. Des théories du complot en disant « C’est sûr qu’ils ne nous disent pas tout », à « Mon fils a atterri avec Southwest, c’est impossible qu’on ne puisse pas y aller », en passant par la panique de ma voisine, qui doit absolument se rendre au travail le lendemain et qui me dit qu’il y a plein d’aéroports autour. Je tente tant bien que mal de lui expliquer qu’un avion de cette taille ne peut pas atterrir sur n’importe quelle piste, mais je comprends rapidement que c’est peine perdue et j’abandonne le projet.

Je vérifie sur l’application Delta et ça dit que le vol est reporté au beau milieu de la nuit. Mais les messages dans l’avion sont contradictoires : prendre tous nos effets personnels et demander à un agent à la porte où récupérer nos bagages. Vous dire à quel point je suis fâchée d’avoir été obligée de laisser le mien à la porte à peine deux heures plus tôt…

La réponse dudit agent quand je lui parle de ma valise? « C’est le carrousel 4, mais TSA (Transportation Security Administration) n’est pas payé et est zéro motivé à travailler, alors vous n’aurez pas vos bagages avant cinq ou six heures. Personne n’est motivé », me dit-il nonchalament.

Euh… Pardon?

J’ai beau suivre l’actualité politique américaine, il se passe tellement de choses que j’ai manqué cette nouvelle voulant que les travailleurs chargés de la sécurité dans les aéroports ne soient pas payés par le gouvernement, encore une fois, depuis le 14 février (Il y a un « shutdown » partiel parce que les Démocrates refusent d'approuver le budget de DHS – Department of Homeland Security –, qui couvre notamment TSA, mais aussi... ICE, là où le bât blesse). L’employé blasé nous dit d’aller au comptoir Delta – le même où j’avais vu au moins 200 personnes en file alors que je courais pour ne pas rater mon vol – et nous en propose un qui est moins achalandé.

Je m’y rends, mais alors que je me dis que cette file est interminable et que j’y aperçois quelques Karen en panique, je reçois un courriel de Delta me mentionnant l’annulation de mon vol, avec des options proposées, des hôtels payés à choisir et un bon d’achat pour de la nourriture à l’aéroport. Je fais les modifications en quelques clics, prenant bien soin de choisir un hôtel de luxe, même s’il est à une cinquantaine de kilomètres de l’aéroport pour éviter de revivre mes dernières expériences dans une chaîne bas de gamme très connue pour ses crêpes aux États-Unis (dernières dans le sens de plus récentes, mais également de « PU JAMAIS ») où on avait dû passer la nuit avec rien de moins que des coquerelles.

Le problème (un autre!), c’est que je n’ai pas pu recharger mon cell ou mon laptop dans les deux vols et que je vais bientôt manquer de batterie. De plus, je peux vivre sans vêtements et produits cosmétiques de base si je n’ai pas ma valise, mais la nourriture de Charlot s’y trouve. Je n’y ai pas pensé quand on m’a demandé si j’avais « des piles au lithium ou des médicaments » avant de l’envoyer en soute. La nourriture de mon petit prince, vous serez sûrement étonnés, provient uniquement du vétérinaire et est impossible à avoir aux États-Unis sans de gros maux de tête. Je suis donc en communication avec les employés sur l’appli Delta pour savoir quoi faire avec ma valise. En file pour les bagages, mon téléphone et mon ordi s’éteignent. Mon cell choisissant exactement le moment où l’employé de Delta me donnait le numéro de téléphone où appeler et la marche à suivre (vous savez, le genre de messagerie qu’on ne peut récupérer si on ferme la fenêtre?). Je ne peux pas plus commander le Uber payé par Delta puisque je n’ai pas accès à mon téléphone. C’est à ce moment que je réalise qu’il n’y a vraiment pas beaucoup de prises de courant dans cette foutue aérogare. J’en trouve une, j’y reste une bonne demi-heure pour avoir « assez de jus », mais pour une raison que j’ignore, je n’arrive pas à me connecter au Wi-Fi de l’aéroport. Je prends tout de même la décision de commander un Uber, de faire fi de ma valise et de remettre ça à demain.

Vers 2 h du matin, avec 9 % de batterie, je tente le tout pour le tout et je commande le transport Uber payé par Delta. Heureusement, il y a des prises à l’extérieur où tout le monde s’abreuve, j’ai presque des flash-backs de mes voyages dans des pays d’Afrique en voyant ça. J’arrive donc à mon hôtel peu après 3 h. Je ne suis pas seule, il y a avant et après moi des familles avec de très jeunes enfants, aussi là à cause de Delta. L’employé du Marriott est vraiment très cool, je dois l’admettre. Sachant qu’on a eu une grosse soirée, il met non seulement à notre disponibilité plusieurs bouteilles d’eau, mais il ferme également les yeux sur nos achats au dépanneur de l’hôtel. Je mange donc des chips, du houmous et des bretzels au beau milieu de la nuit!

Le lendemain, j’ai encore une fois l’option du Uber gratuit, mais en cours de route, je vois que le vol est retardé de trois heures. Comme je n’ai pas 100 % confiance en l’employé qui m’a dit que mon bagage serait automatiquement redirigé avec mon vol, je me dirige vers l’interminable file pour le service à la clientèle des bagages :

Ciboire.

Ça prend une semaine de vacances juste pour ça.

Je décide d’attendre, pendant que tout le monde autour souligne à quel point Charlot a un comportement exemplaire et qu’il est le chien le plus patient du monde, mais je rafraîchis sans cesse l’application pour faire le suivi de ma valise, tout en attendant pour discuter par texto avec un agent pour me faire confirmer encore une fois que je ne dois pas la récupérer ici. Après peut-être une heure à faire la file, je suis rendue aux deux tiers environ, je vois sur l’application que ma valise a été assignée à mon nouveau vol. Soulagement! Il ne me reste qu’à passer la sécurité et le tour est joué!

Évidemment, les malheurs ne vont pas s’arrêter là…

Je fais l’interminable file des personnes avec besoin d’assistance. On m’y a obligée avec Charlot – habituellement, je passe par la sécurité régulière – et là, c’est long. Je suis derrière une tonne de fauteuils roulants et de poussettes. Mais bon, pas le choix. Au bout de je ne sais plus combien de temps, c’est enfin mon tour. Je tombe sur l’employée qui déteste le plus sa job au monde. Je numérise mon passeport, fais prendre ma photo et mets ma carte d’embarquement (qui m’a été envoyée sur mon téléphone) sur le lecteur.

- Avez-vous fait votre check-in? me demande l’agente blasée.

- Évidemment, j’ai ma carte d’embarquement.

Il me semble que c’est juste logique, mais je tente de garder mon calme malgré mes deux grosses heures de sommeil.

- Ça prend une carte d’embarquement en papier, me dit-elle avec toute l’antipathie du monde.

- Elle est numérique, vous l’avez là, c’est quoi le problème?

- Mon système me demande une carte imprimée.

- Sérieux? Ça n’a aucun sens, ça va être la même.

- Ça me prend une carte imprimée, retournez au comptoir pour en avoir une.

- Et refaire la file?!? Voyons, c’est complètement ridicule!

C’est là que ça dégénère. J’ai juste fait ça, des files depuis mon arrivée à l’aéroport. C’est insensé. L’agente m’emmène à la porte (celle que le commun des mortels n’a pas le droit d’ouvrir), me pointe vaguement où aller et… me pousse en me disant de revenir cogner ici.

Elle. M’a. Poussée.

Ma patience a des limites. S’ensuit évidemment une engueulade. Tu as beau détester ta job, tu ne me touches pas et surtout, tu ne me pousses pas, espèce d’idiote!

- YOU PUSHED ME, crié-je alors que tout le monde autour est un peu sous le choc, car le geste était plus qu’évident.

- Non, je ne t’ai pas poussée et si tu continues, je vais appeler la sécurité et tu ne pourras plus passer.

Quelle conne. Je n’aurais jamais réagi de même si elle ne m’avait pas réellement poussée. J’ai failli perdre pied à cause de son geste, c’est tout dire. Je ne sais pas si c’est la fatigue, le sentiment d’impuissance ou la frustration, mais les larmes montent rapidement à mes yeux. Je suis vraiment écœurée. J’ai été patiente depuis le début, mais là, comme on dit en bon québécois, « c’est le bout de la marde ».

Après avoir suivi les indications de la conne, je me retrouve dans l’aérogare où je vois toutes les compagnies aériennes, sauf Delta. Je ne peux plus retenir mes larmes. Je suis à bout. J’accroche la première employée que je vois et je lui demande où est le comptoir Delta. Elle me répond avec tellement de gentillesse! Le genre « I got your back, honey, I’ll take care of you ». Elle m’emmène au comptoir, explique ma situation, numérise même mon passeport pour moi. Je me dis que c’est peut-être un peu trop d’aide, je ne suis pas si inapte que ça, mais je la laisse faire, puisque c’est la première personne aidante que je croise ici.

Je reçois ma carte d’embarquement imprimée et je me dirige vers la porte où je dois cogner pour retrouver la petite conne et enfin passer la sécurité. L’employée si « gentille » me dit de la suivre. Elle me fait passer par la file que j’ai faite un peu plus tôt en dépassant les gens. On arrive à la porte et l’agent, en me voyant, se met à me dire que je n’ai pas d’affaire là puisque j’ai un chien. Heureusement, il comprend rapidement que je « court-circuite » sa file pour prendre la fameuse porte qui mène dans une tout autre section. Au moins, il s'excuse et est courtois, lui.

L’employée me suit, comme si j’étais une enfant incapable de mettre moi-même mon passeport sur le lecteur. Je commence à trouver ça un peu lourd et louche, mais je n’en fais pas de cas. Je lui dis que je suis correcte pour la suite, mais elle ne semble pas vouloir m’écouter.

Je passe la sécurité comme à l’habitude et lorsque le bac contenant mes effets ressort à l’autre bout, l’employée le prend et apporte le tout sur un banc en me disant de m’installer et de reprendre mes trucs. Au passage, j’ai cru entendre le mot « tipping », mais je suis un peu dans le déni et me dis qu’une agente fédérale ne me demanderait sûrement pas de lui donner un pourboire pour ça…

Puis, alors que je suis en train de remettre mes bottes et ranger mon laptop dans mon sac, elle s’approche et me dit : « You have cash, or Apple Pay? We need help. »

Je n’en reviens pas. J’ai voyagé dans quelques pays en voie de développement et je n’ai jamais vécu ça! Mal à l’aise, je fouille dans mon portefeuille et trouve deux billets de 5 $ américains. Je lui donne discrètement. D’une part, je suis sous le choc, d’une autre j’ai peur de me faire prendre à tenter de soudoyer un agent fédéral. Nul besoin de dire que je me suis sauvée assez rapidement merci pour rejoindre ma porte d’embarquement.

Ce n’est qu’une fois arrivée là que je constate que mon vol est à nouveau retardé, cette fois de trois heures. Je suis plus que tannée. Et je n’ai pratiquement rien mangé depuis 24 heures, alors je vais au P.F. Chang’s, un resto asiatique que j’aime bien, pour utiliser mon très généreux voucher de 12 $ offert par la compagnie aérienne.

Mais avant ça, je dois trouver quelque chose pour Charlot, qui doit mourir de faim. Les options ne sont pas nombreuses. Alors je me suis retrouvée au genre de petit dépanneur devant ce qui ressemble à un Ficello en train de googler à savoir si un chien peut manger un mélange de mozzarella et de cheddar. La réponse étant oui, je lui ai acheté. Seul succès de ce voyage à date!

Quant à moi, une fois venu le moment du paiement (en fait, la barmaid a terminé son shift et m’a demandé de payer, je suis encore en train de manger), j’ai droit à cette conversation super agréable :

- Est-ce que vous prenez les vouchers? demandé-je.

- Combien? me répond sèchement la barmaid.

- Seulement 12 $...

- Tu ne peux pas « tipper » sur le voucher », dit-elle encore plus sèchement, avec en plus du mépris dans la voix.

- Euh… Je sais comment ça fonctionne, ne t’inquiète pas, réponds-je, me demandant si je suis en droit d’être insultée ou non par son attitude.

Je calcule le montant avant mon voucher, laisse 20 % de pourboire comme c’est la norme aux États-Unis et je lui remets le papier signé (ils ne sont pas arrivés en 2026 à ce resto). Elle le prend, ne me regarde même pas et ne me dit aucun merci.

Tout pour agrémenter mon voyage si parfait jusqu’à présent.

Il ne me reste qu’un vol. Mes parents vont venir me chercher à l’aéroport et ce cauchemar sera enfin fini.

Afin de tenter de dormir un peu dans l’avion, j’abaisse mon siège. La dame derrière moi le repousse instantanément. Je l’abaisse à nouveau, même chose. Je me retourne pour lui demander gentiment quel est son problème et elle se met à m’engueuler en me disant que je n’ai pas le droit de baisser mon siège. Il faut que je fasse intervenir l’agent de bord pour qu’il lui confirme que j’ai bel et bien le droit. Visiblement, je ne me reposerai jamais!

Après avoir fait un immense détour – on s’est presque rendus aux Keys alors que j’atterrissais à Fort Lauderdale – on atterrit vers 22 h 20, puis… l’avion s’immobilise. Loin de l’aérogare. Ça regarde mal.

Le capitaine prend la parole.

-       Comme on est parti plusieurs heures en retard, il n’y a pas de porte pour nous. Elles sont occupées par des avions aux vols annulés. Ça devrait prendre une demi-heure. On vous tient au courant.

Près d’une heure après l’atterrissage, le capitaine nous annonce que l’autorisation de déplacer ces avions aux vols annulés a été accordée, mais que ça peut prendre une autre demi-heure.

Le temps passe. Le capitaine nous annonce qu’on a l’autorisation de bouger. On ne bouge pas. Il finit par dire qu’il ne reçoit même pas d’information, mais qu’aux dernières nouvelles, on est les prochains.

C’est finalement 2 h 43 min après avoir touché le sol que je peux enfin sortir de l’avion. Prochain défi? Trouver ma foutue valise enregistrée contre mon gré.

Je n’ai plus de batterie sur mon cell puisque le chargeur ne fonctionnait pas dans cet avion non plus. Juste avant de s’éteindre, l’application m’indique que ma valise a été livrée au carrousel no 1. J’y accours. Non seulement elle n’est pas là, mais ce n’est pas le bon numéro de vol qui y est affiché. Le mien doit arriver au carrousel no 3, où il n’y a aucune trace de ma valise.

Je me mets donc en file – encore! – pour le service à la clientèle des bagages. Quelques minutes plus tard, une dame derrière moi reconnaît un homme qui était sur son vol et qui a ses bagages. Elle lui demande comment il a fait et il lui dit qu’ils sont au carrousel no 2. Puis, en m’apercevant, il me dit : « Tu étais sur mon vol! Il est où ton chien? (Il est dehors avec ma mère) Nos valises sont au carrousel no 2! »

J’y accours, encore une fois, pleine d’espoirs. Et c’est là que l’aperçois. Ma valise que j’aimais tant… avant. C’est une Heys et vu que j’ai trois valises représentant trois parties du monde, celle-ci en est une avec un tas de dessins représentant... les États-Unis. Ça se peut que je m’en commande une autre, je dis ça comme ça.

Il est 3 h 15 quand je retrouve enfin mon lit. Je serai assurément brûlée demain. Je viens de perdre les deux premières journées de mon court voyage.

Le mot de la fin revient à ma mère (et je l’écris ici pour en avoir la preuve ad vitam aeternam!) : « Pu JAMAIS d’escale pour toi! À l’avenir, juste des vols directs. Peu importe le prix! »

Ce sera au moins ça de positif dans toute cette mésaventure…



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