mercredi 19 juillet 2017

Pouchkine a été cave et autre musée

Je n’ai eu qu’une vraie belle journée ensoleillée à St-Pétersbourg, mais ce n’est pas grave, puisqu’il y avait sur ma liste quelques musées, dont le prestigieux Hermitage.

J’en ai aussi découvert trois qui n’étaient pas dans mes plans à l’origine, soit le State Memorial Museum of Leningrad Defense and Blockade, dont je vous ai parlé ici, le musée de la vodka (ce sera pour un prochain blogue) et l’Appartement-musée de Pouchkine.

Avant mon voyage en Russie, le nom de Pouchkine m’était familier, même si je ne saurais vous réciter une de ses œuvres. J’ignorais toutefois son destin tragique. Ce musée est un peu difficile à trouver puisqu’il n’y a aucune indication et qu’il faut passer par cette petite porte pour accéder à la cour et à ses appartements.
Alexandre Pouchkine est donc un poète et romancier du 19e siècle. Il écrivait autant en russe qu’en français.

Né dans une famille de la noblesse, mais avec des origines plutôt diversifiées – son arrière-grand-père était un esclave africain qui a été affranchi et anobli par Pierre le Grand –, il a une enfance malheureuse en raison de sa… laideur. En fait, sa mère le trouve laid et ne veut pas vraiment s’en occuper. C’est pourquoi il se réfugie dans les livres.

Passons maintenant à l’âge adulte. Sa vie est assez mouvementée. Ses poèmes n’ont pas plu à l’empereur Alexandre 1er, qui le fait condamner à l’exil. Il se retrouve en Sibérie, en ce qui est maintenant l’Ukraine puis en Crimée, notamment. Partout, il cumule les conquêtes et est un peu con en se prêtant à un tas de duels, mais toujours en s’en sortant vainqueur.

Il revient à St-Pétersbourg après la mort de son empereur ennemi. Voici son bureau.
Alors qu’il connaît un grand succès, qu’il est marié à une beauté et père de quatre enfants en bas âge, il reçoit une lettre dans laquelle on lui annonce qu’il est cocu. Cette lettre, écrite en français, provient du baron Georges-Charles de Heeckeren d’Anthès, qui s’est épris de la femme de Pouchkine, une dame coquette qui court les bals et qui est «dispendieuse» pour son mari qui peine financièrement. Les rumeurs courent sur la liaison possible entre d’Anthès et Natalia et Pouchkine provoque le baron en duel. Celui-ci est évité, car d’Anthès épouse la sœur de Natalia. Mais le côté séducteur du Français revient rapidement et une guerre de lettres – anonymes à Pouchkine, de menaces de la part de l’écrivain au père adoptif de d’Anthès. Puis la lettre décisive, celle qui parle de l’infidélité de sa femme.

Le duel est donc provoqué pour vrai cette fois. Le duel est assez simple : les deux hommes ont un pistolet et celui qui gagne est celui qui tire en premier. Super intelligent…

En plein hiver, en campagne, les deux hommes se lèvent et d’Anthès est celui qui tire en premier. Il atteint Pouchkine au ventre. Celui-ci est gravement blessé et est ramené à la maison. Il y mourra deux jours plus tard après avoir fait ses adieux à ses enfants.
Voilà pour la petite histoire. Pour ma part, je n’ai pas vraiment été touchée par cette tragédie, simplement parce que je l’ai juste trouvé complètement imbécile. À l’époque, on ne pense pas comme moi toutefois et ils sont des dizaines de milliers à se déplacer pour défiler devant son cercueil.

Aujourd’hui, son nom est partout à St-Pétersbourg, car malgré sa stupidité, il est probablement le plus grand écrivain que le pays ait connu.

Des files, des files et encore des files


Il faut être très, très patient pour visiter le musée Hermitage, l’un des plus connus au monde. Ou… ne pas faire la file et passer en quelques minutes comme je l’ai fait. C’est que la file a l’air de ça :
 
Mais après l’avoir fait pendant une dizaine de minutes et remarqué que la dame devant moi était revenue avec des billets, je lui ai demandé si on devait d’abord acheter le billet avant de se mettre en ligne. Elle me répond que oui. Merde, comme j’étais seule, personne ne pouvait garder ma place. Je suis donc allée à l’intérieur, où il y a des guichets pour les billets. Puis une flèche indiquait où aller avec les billets une fois achetés. En suivant ces indications, j’ai passé outre la longue file et je suis entrée dans le musée en une vingtaine de minutes. Je n’ai toujours pas compris pourquoi les gens attendaient, parce que je n’ai dépassé personne, c’était vraiment la marche à suivre!

À l’intérieur, il y a tellement d’œuvres d’art, un peu comme au Louvre, mais en plus petit, que c’en est presque dérangeant. En fait, autant je trouve ça beau, autant je trouve ça dommage d’en avoir autant. Tout simplement parce qu’on ne les voit plus. Une de ces toiles dans un salon nous mystifierait pendant de longues minutes. Au musée, on passe devant rapidement, las d’en avoir vu 1000 autres.
Je ne voulais pas m’éterniser, alors je me suis rapidement dirigée vers les plus connues. La Madone Litta, de Leonard de Vinci, devant laquelle tout le monde se bouscule pour prendre sa photo en se foutant des autres autour (ça me rend folle dans les musées, je veux tuer tout le monde, surtout ceux avec des iPad, comme je l’ai déjà mentionné dans ma montée de lait parisienne).
 

 Et la statue du Garçon accroupi, de Michel Ange.
 
La seule autre oeuvre qui m'ait marquée est celle-ci, passablement weird, alors qu'une vieille perverse regarde un couple à moitié nu pendant que son chien lui saute dessus...
Comme j’étais tannée de la foule et des gens qui poussent, je suis partie, pour réaliser que je n’en avais pas fini avec les files d’attente! Croyez-le ou non, il n’y avait qu’une sortie avec une minuscule porte pour tout ce monde!
 
La deuxième porte s’est finalement ouverte juste avant que je passe, sous les applaudissements des gens exaspérés, comme moi.

lundi 17 juillet 2017

900 jours à crever de faim

J’ai visité plusieurs endroits ayant un lien avec la Deuxième Guerre mondiale. Je l’ai déjà dit, ce sujet me passionne de plus en plus, en vieillissant. Au point où quand j’aurai le temps, j’aimerais retourner à l’université pour en apprendre plus. Mais d’ici là – parce que ça peut être long! – j’apprends sur le terrain.

À St-Pétersbourg, j’ai appris une histoire que j’ignorais jusque-là. Une amie qui a déjà visité cette ville m’a parlé d’un musée, le State Memorial Museum of Leningrad Defense and Blockade. C’est un musée qui ne se trouvait même pas dans mon guide. On y raconte comment la ville a «survécu» à un siège de près de 900 jours au cours desquels le but de Hitler et de ses troupes était carrément d’anéantir les Soviétiques de Leningrad (ancien nom de St-Pétersbourg) en laissant les habitants crever de faim. Le cauchemar a officiellement commencé le 8 septembre 1941.

Plusieurs ont réussi à s’échapper avant que la ville soit complètement encerclée et on évacuait les enfants par centaine. Au total pendant le siège, il y a eu trois grandes vagues d’évacuation, par la mer. Mais même plusieurs milliers de ces gens ont péri.
Je ne me perdrai pas dans les explications historiques, mais les Allemands ont d’abord coupé la voie ferrée, puis la voie terrestre qui reliaient Leningrad au reste du pays – et du monde. Il ne leur restait qu’une route par la mer, surnommée la «route de la vie», mais qui n’était pas navigable pendant la période de gel et de dégel.

Pas de ravitaillement possible, donc. Le décompte des vivres a rapidement été fait et on a rationné le tout. La nourriture distribuée frôlait le ridicule. Qu’un minime 250 gr de pain (si on peut appeler ça du pain) est offert aux adultes par jour, 150 gr pour les enfants. Ces portions ne feront que diminuer au fil du temps.
Les semences pour le printemps suivant étaient gardées par le «keeper of the seeds». Malheureusement, même quelques-uns d’entre eux n’ont pas survécu à l’hiver.

Les habitants perdent l’électricité, et donc le chauffage, et l’accès à l’eau. Parfois, pour réchauffer la maison, la seule façon était de faire chauffer quelque chose dans une espèce de chaudron. Tout y passait. Livres, meubles, n’importe quoi qui puisse brûler.

On tente de préserver les œuvres d’art, les statues, en les enterrant. Le palais de Catherine, que j’ai visité et dont je vous parlerai plus tard, a été grandement atteint par les bombes. Mais ils ont réussi à sauver pas mal d’objets ainsi.

Pour ce qui est de la bouffe, on tentait tant bien que mal de trouver de quoi manger. De la colle, des ceintures en cuir, les pigeons, des chats… Les victimes se comptaient tout de même par milliers par jour.

Sur la photo ci-bas, on voit la même femme, sur une période d’un an et demi.
Malgré tout, la ville a continué à se battre. Les usines ont été transformées et ont pris un virage pour produire le nécessaire de guerre avec les moyens disponibles. L’armée russe a construit un chemin de fer en 17 jours à un certain moment dans une brèche.

Les écoles et les universités n’ont jamais fermé. On continuait à former des ingénieurs, des médecins, toutes les professions qui seraient utiles en temps de crise.

L’orchestre symphonique avait à un moment perdu 27 de ses artistes. Mais elle a continué ses performances pour divertir et donner un peu de bonheur aux habitants. Un jour, il n’y avait plus d’électricité, alors les répétitions n’étaient plus possibles. Elles ont été déplacées le jour, à la clarté. On poursuivait aussi les compétitions sportives, même si les civils n’avaient plus la force de pratiquer des sports.

Les chiffres varient d’une source à l’autre, mais cet événement aurait provoqué la mort d’environ 1,8 million de Soviétiques, dont un million de civils. À la fin, la population de Leningrad et des environs était passée de 4 millions d’habitants à 800 000.
Le 27 janvier 1944, les habitants ont appris par la radio que le siège était enfin terminé. Mais la ville était détruite. Résilients, les Soviétiques se sont à nouveau unis pour reconstruire leur ville, leur vie. Malgré tout, des milliers d’autres mourront dans des explosions de mines laissées par les Allemands, sur le chemin du retour…

jeudi 13 juillet 2017

P’tites vites de Moscou

J’ai déjà quitté la magnifique ville de Moscou, non sans peine puisque j’ai adoré. Rien de négatif à dire sur elle! C’est beau, c’est propre, les gens sont gentils. Seul petit bémol peut-être : il y a de nombreux fumeurs et ils jettent leurs cigarettes dans la rue. C’est pas très chic. Sinon, je n’ai vu aucun déchet par terre, du moins, dans le coin hyper touristique.

Je n’ai pas visité l’église Saint-Sauveur, mais je l’ai vue de l’extérieur et elle est superbe.
Son histoire est assez intéressante. Jadis, c’était un couvent et quand ils ont voulu construire une église, ils ont chassé les sœurs. Mais il y en avait une qui refusait de partir. Quand on l’a finalement forcée, elle a jeté un sort à l’endroit, disant qu’aucune construction ne durerait plus de cinquante ans…

Jusqu’à maintenant, son sort a fonctionné.

La première église  a été détruite après 48 ans parce qu’on a décidé d’y construire un palais à la place. Il devait mesurer 500 m de haut, mais la construction a été interrompue en raison de la Deuxième Guerre mondiale. Le palais est alors abandonné et il n’y a rien pendant 27 ans. On veut finalement construire la plus grande piscine à ciel ouvert. Environ une trentaine d’années plus tard, le gouvernement décide de rebâtir la cathédrale originale et la construction s’est terminée en 2000.

Celle-ci a donc à peine 17 ans et les Moscovites souhaitent ardemment que le sort ne s’acharne pas à nouveau!

Voici le reste de mes observations/commentaires, en rafale.

Je n’ai pas osé essayer ces chips (je ne mange pas de fruits de mer), mais je pense en rapporter juste pour que mes amies puissent y goûter (allo, Mel!).
Je n’ai jamais vu autant de monde manger des cornets de crème glacée. Il faisait froid en plus! J’ai trouvé la source : des petits kiosques à l’intérieur du magnifique Gum, un centre d’achats à la place Rouge. J’ai fait la file – encore! – et j’en ai mangé un à mon tour. J’ai pris saveur de melon. Je pense que c’était melon miel, c’était difficile à dire. Mais c’était bon! Les cornets étaient déjà tout faits dans le congélateur, alors la caissière était assez rapide. Sauf quand elle a fait un appel pour engueuler quelqu’un et qu’elle a fait signe à la personne devant moi au guichet d’attendre qu’elle ait fini!

Une dame a mis une salopette en jeans à son chien et l’a installé sur elle avec des bretelles, comme dans un porte-bébé. Une fois dans le métro, le chien était littéralement assis sur elle. Me semble que c’est pas une position très naturelle pour un chien…
On dit dans tous les livres que les stations de métro sont magnifiques et qu’elles valent une visite. Il y a même un tour qui existe pour ça. Pas certaine qu’on pourrait faire la même chose à Montréal! Je ne suis pas tombée sur une des grandioses stations qu’on voit dans les guides, mais j’en ai vu avec des imposantes statues, comme celle-ci :
Et une autre, qui avait le mot révolution dans son nom avait des dizaines de ces statues armées :
 
Ces poupées russes américaines m’ont fait rire (et pleurer en voyant qui était la plus grosse… mais c’est un autre sujet).
 Ce jeu d’échecs aussi était vraiment à-propos…
Voici les seuls gratte-ciels de Moscou :
La Russie accueillera la Coupe du monde FIFA l’an prochain et on est en mode construction!
 
Il y a plusieurs belles murales dans la ville.
 

Dans mon passé de journaliste «lifestyle», j’ai fait un reportage sur les restaurants russes de Montréal. Je connais donc un peu la cuisine russe, qui est délicieuse. J’ai décidé d’essayer de manger le plus possible dans des restaurants traditionnels. J’en ai trouvé un, tout près de mon hôtel qui en était un. Décor kitsch, serveuse qui ne parle pas anglais, menu traditionnel. C’était bon! J’ai aussi mangé un bœuf Stroganoff sur la place Rouge, avec en toile de fond, la cathédrale Saint-Basile. C’était un peu plus cher, mais je me suis gâtée pour mon dernier soir à Moscou!
 

 
Lorsqu’on achète les billets pour visiter la cathédrale Saint-Basile, on le fait à une caisse où il n’y a pas de vitre, mais plutôt un miroir. Je n’ai rien entendu de ce que la personne m’a dit de l’autre côté. Je n’ai pas pris de chance, j’ai mis le plus gros de mes billets pour payer, me disant que j’en aurais assez. Mon change et mon billet sont apparus dans la petite boite devant moi.

À l’intérieur, ce sont plein de mini chapelles. Aucune grande, c’est surprenant!

Il y avait aussi des chorales un peu partout avec des chants grégoriens. C’était beau!

 
Pour entrer au Kremlin et même à l’opéra, on n’a pas scanné mon billet. À l’opéra, c’était un billet imprimé et la dame ne l’a que déchiré. Facile à falsifier dans ce cas… Puis au Kremlin, on a déchiré le coin à l’entrée et à la sécurité, le scanneur ne fonctionnait pas! Ah et la porte s'est refermée sur moi, ne me laissant pas le temps de passer. Je suis surprise de ne pas avoir de gros bleus sur les bras!

Voici les indications pour les toilettes. Le M va avec men, mais… si ce n’était pas ça? Après tout, mon russe se limite à dire merci. Heureusement qu’il y avait foule, j’ai pu simplement suivre les dames vers la droite, le signe inconnu étant pour nous.
Le bleu est à l’honneur chez les hommes, je pense que je n’ai vu aucune autre couleur d’habit jusqu’à maintenant.

On a beau afficher du WiFi partout, il est gratuit seulement… pour les téléphones russes. Merci, c’est gentil pour les touristes.

Les boissons diètes sont rares ici. En fait, je n’en ai vu qu’une seule fois depuis le début de mon voyage!

Je ne sais pas si les Russes sont romantiques, mais c’est fou le nombre de personnes que j’ai vues se promener avec des bouquets de fleurs dans les mains!

Malheureusement, je n’ai pas trouvé d’homme russe pour m’en offrir. Quoique je me suis fait chanter la pomme par le guide de mon autobus. Je ne sais pas quel âge il pensait que j’avais, mais en réalité, il avait 14 ans de moins que moi! Il m’a invitée à aller prendre un verre, mais… ça s’est arrêté là!

Charmeur, il a dit que son cœur était brisé quand j’ai dit que je partais le lendemain. C’était ben cute.

mardi 11 juillet 2017

Une grosse maison hantée? Un parc d’attractions abandonné?

Avant de partir pour la Russie, j’ai cherché sur Google «cool things to do in Moscow». J'ai trouvé un blogue qui parlait d’un deuxième Kremlin, encore plus beau que le premier. On disait même que le vrai ne valait pas la peine et proposait de seulement visiter celui-là. En plus, écrivait-on, il y a un petit marché où on peut acheter des souvenirs vraiment moins chers qu’à la place Rouge.

Le nom? Izmailovsky Market. Il n’y avait aucune mention de cet endroit dans mon guide, mais j’ai voulu y aller quand même. C’était à une quarantaine de minutes en métro. Une bonne heure dans mon cas vu que j’ai raté l’entrée du métro et que j’ai dû emprunter une autre ligne et figurer comment changer et aller dans la bonne direction. C’est que Google Maps donne les noms des stations en anglais, alors que les seuls endroits où on peut lire l’anglais et le russe est… dans les wagons. J’ai souvent été capable de me débrouiller en essayant de reconnaître les mots, mais cette station ne se lisait pas du tout de la même façon dans les deux langues (Partizanskaya et Партизанская).

En arrivant, je constate que c’est un endroit qui, comme le dirait François Pérusse, semble avoir les caractéristiques d’un «pas ouvert». C’est que la rampe qui a l’air d’y mener ressemble à ceci :
Il y a un passage par la gauche, sans trottoir, dans de la garnotte avec quelques obstacles à enjamber, mais je ne suis pas la seule qui emprunte ce chemin, alors j’y vais. Je découvre alors une espèce de grosse construction assez difficile à décrire. En fait, comme il ne semble pas y avoir d’humains à l’intérieur – parce qu’on dirait que c’est juste habité par des fantômes – ça donne un air assez creepy merci.

Puis j’arrive dans un grand stationnement vide où il y a, à la gauche, des petits marchands qui vendent des cossins inutiles. Des valises, des chapeaux, des «cases» de cellulaire… À peine quelques souvenirs. Je dis ça de même, mais leur chiffre d’affaires ne doit pas être très élevé.
Au loin, je vois une rampe qui mène à ce grand parc «abandonné», loin de tout. Il y a quelques personnes qui s’y dirigent, alors je me lance. Mais le stationnement est vide, à part peut-être deux autobus qui ont juste l'air d'y être tombés en panne. 

On retrouve des fleurs sur la longue rampe, ce qui signifie que tout n’est pas mort dans ce coin. 
Puis on arrive en haut où une porte s’ouvre sur ça :
 
Il y a des petits commerces partout, mais ils sont cachés derrière des portes closes. Il y a un piano sur une scène décorée comme dans un mauvais film d’horreur et des gens s’amusent à y jouer. On dirait un parc d’attractions… sans manèges.

Ce qui a de plus étonnant dans tout ça, c’est que… c’était beau! Je n’ai pas escaladé l’installation du milieu. On ne sait jamais, c’était peut-être un labyrinthe d’où on n’en sort jamais!

On y annonçait plusieurs musées, dont celui de la torture, avec cette voiture à l’avant.
Je n’y suis pas entrée, évidemment! (Toujours traumatisée par Chucky…)

Si jamais vous vous cherchez un endroit pour vous marier… vous pouvez le faire là! Quétainisme garanti, j’en suis certaine!
Pour ce qui est des souvenirs, c’est vrai qu’ils sont moins chers. J’en ai acheté quelques-uns, puis je suis repartie. Je suis contente d’avoir découvert ça, même si je me demande encore si c’est voué à l’abandon ou si c’est en pleine construction. Pas clair tout ça!

lundi 10 juillet 2017

L'art de se tenir éveillée (ou pas) à l'opéra

J’ai vu des belles villes dans ma vie, mais je dois vous avouer que Moscou se classe dans les tops. Je m’attendais à ce que ce soit beau, mais c’est encore mieux!

Je suis arrivée très tard samedi soir – une heure pour passer les douanes alors que j’aiguisais ma patience entourée de vieux touristes français et plus d'une heure de bus/métro/marche –, mais je suis tout de suite allée voir la place Rouge, parce que ça faisait des années que j’en rêvais.

Mon hôtel est tout près, alors j’ai déposé mes trucs en vitesse, je me suis changée et je me suis dirigée vers la cathédrale Saint-Basile-le-bien-heureux. Je dois admettre que j’ignorais totalement son nom avant mon voyage! Quand je l’ai vue à travers le porche … j’en ai eu les larmes aux yeux. Bon, d’accord, c’est probablement plus dû à la fatigue qu’à l’émotion, mais quand même!

 La voici de soir et de jour.

Elle est plus que magnifique. Je la croyais plus imposante par contre, mais elle est belle, ça n’a aucun sens. Elle a été construite sous les ordres d’Ivan le Terrible, qui porte assez bien son nom merci. À la fin de la construction, il a demandé aux architectes s’ils seraient capables d’en refaire une autre. Espérant se faire engager à nouveau, ils ont dit oui. Résultat? Ivan le Terrible aurait ordonné qu’on leur crève les yeux, pour ne pas qu’une telle merveille soit reproduite. Charmant.

L’ironie dans tout ça, c’est qu’elle a été nommée en l’honneur de Saint-Basile, reconnu pour ses miracles, notamment ceux de… redonner la vue à des aveugles.

Au cours des deux journées suivantes, j’ai fait plusieurs files d’attente. Il faut être patient si on vient à Moscou… et aussi pratiquer l’art de faire des files sans savoir pourquoi on attend. Car les indications sont souvent bien loin après le début des files!
J’ai donc fait ma première pour entrer dans le mausolée de Lenine. Ça, c’est weird. Il a été embaumé et est exposé au milieu d’une pièce, dans une cloche de verre illuminée. Certains disent que son corps a en partie été remplacé par de la cire, mais les Russes le nient. J’ai donc attendu 45 minutes pour voir un mort (on ne peut pas prendre de photos) et des tonnes de pierres tombales, dont celle de Staline.

J’ai d’ailleurs eu un léger malaise quand ce père a pris son fils en photo, tout sourire devant cette tombe… 
Il y avait aussi Gagarine, mais je n’ai pas trouvé son nom en russe et il n’y avait aucune traduction!

Je voulais absolument aller voir un spectacle au fameux théâtre Bolchoï. J’avais vu sur leur site web avant de partir qu’il y avait un opéra le samedi soir. J’ai réservé… pour réaliser quelques jours plus tard que j'atterrissais le samedi à 17h. J'aurais été surprise d’arriver à temps. J’ai donc racheté un billet pour la présentation du dimanche après-midi.
Pour ne pas arriver en retard, j’ai dû quitter une file d’attente qui ne bougeait pas – j’ai su après que c’était pour l’exposition de diamants – pour me diriger vers le théâtre. Première déception : ce n’est pas la salle que je voulais, mais une autre, plus petite, dans le bâtiment en face. Bon. Ce n’est pas grave, ça reste un opéra à Moscou, ce qui est un must.

Le spectacle commence et je m’endormais, mais tellement! Je combattais le sommeil du mieux que je pouvais, mais je n’arrivais juste pas à suivre le spectacle. Les paroles étaient écrites en russe et en anglais au haut de la scène, mais la fatigue n’aidant pas, j’aurais eu besoin de mes lunettes pour ne pas voir tout embrouillé! Je cognais des clous. Je sais que je me suis endormie à quelques reprises. Mais chaque fois, je perdais encore plus le fil! Et c’était impossible de lire et de regarder les personnages en même temps. Je me suis dit «D’la marde, je pars à l’entracte». Mais ledit entracte n’arrivait pas. Je cherchais par tous les moyens de rester éveillée. J’ai même essayé de me pincer. Bravo championne, j’ai un bleu sur la jambe à cause de ma brillante idée. Continuer de suivre l’histoire? J'ai essayé puis... je suis tombée sur les paroles «son of a bitch!» Mais quelle sorte d’opéra est-ce que c’est ça?! Si j’ai bien compris, une fille doit choisir entre un prince et un autre gars, mais la fille, c’est une crisse de folle. Voilà un résumé de ce que j'ai saisi. Au bout d’une heure 45 minutes, sur une finale on ne peut plus weird, les lumières se sont allumées. Les gens applaudissaient poliment. Je ne savais même pas si c’était la fin ou un entracte. Mais si c’était la fin, c’était mauvaisd en maudit.

J’ai compris en sortant de la salle que ce n’était que l’entracte. Mais j’en avais eu assez! La musique et les chanteurs étaient bons par contre. Mais je pense juste que je ne dois pas aller voir un opéra quand je suis fatiguée. Je m’étais aussi endormie sur le Fantôme de l’opéra à New York alors que je rêvais de le voir depuis des années…

J’ai gardé le Kremlin pour ma dernière journée. Encore là, j’ai fait la file pour acheter mon billet. Je voulais aussi acheter une entrée pour la tour-clocher d’Ivan le Grand – je ne savais pas ce que c’était, mais dès que je peux monter quelque part, je veux le faire! –, mais ils ne vendent les billets que 45 minutes avant le tour et le suivant était une heure plus tard. J’ai eu du mal à comprendre alors la fille au guichet a légèrement perdu patience. Avec le son de son haut-parleur, c’est comme si elle me criait après. J’ai déjà connu une meilleure expérience client.

J’ai pris l’entrée qui donnait accès aux églises. Elles sont belles, mais pas impressionnantes en dedans. Beaucoup d’œuvres d’art et d’or, mais rien d’extraordinaire. Elles sont plus belles de l’extérieur.
J’ai fini par pouvoir acheter mon billet pour la tour, après avoir attendu encore une fois. Mais ça valait la peine :
Pour le reste, je vous garde ça pour un autre billet! 

vendredi 30 juin 2017

Symphonie de soupirs russes

J’ai décidé, un peu aléatoirement, d’aller en Russie cet été. Ça faisait longtemps que je voulais y aller et honnêtement, mes plans A (Indonésie) et B (Birmanie) n’ont pas fonctionné pour diverses raisons. Alors je me suis dit «Je veux aller voir la cathédrale que je dessinais souvent dans mes cahiers à colorier quand j’étais enfant».
Et j’ai acheté mon billet d'avion pour la Russie. Avec un retour de Stockholm, en Suède. Je vous ferai part de mon itinéraire un peu plus tard. Je savais que ça prenait un visa pour aller en Russie, mais je ne savais pas trop quels documents on devait remplir. Alors un peu naïvement, j’ai pris rendez-vous là où on nous dit de le faire quand on cherche «visa Russie Montréal» sur Google. Je me suis dit qu’une fois sur place, je pourrais poser mes questions. J’avais regardé sur le site du gouvernement du Canada et ça ne disait que «Visa», sans autres précisions.

Première erreur.

D’abord, c’est un endroit où rien n’est indiqué. Aucune annonce, logo ou signe de vie de cette entreprise – sûrement un sous-traitant – dans le hall d’entrée ou en sortant de l’ascenseur. C’est dans un petit bureau caché au fond d’un corridor au septième étage d’un édifice de la rue Sherbrooke. Ce n’est qu’en ouvrant la porte et en voyant un drapeau russe que j’ai compris que j’étais au bon endroit.

Je me présente devant la dame, installée à son bureau, avec une vitre qui nous sépare, un peu comme dans les billetteries.

Avec son petit accent russe et beaucoup de condescendance, elle me dit :

- Où sont vos documents?
- En fait, c’est ça, je n’ai pas vraiment trouvé les infos – je n’ai pas eu trop le temps de me préparer, alors je me disais que je viendrais vous poser les questions.

Premier soupir de l’autre côté de la vitre.

- Ce n’est pas comme ça que ça fonctionne.
- Euh, désolée, j’ai besoin de quoi?
- Tu n’es pas allée sur notre site? *soupir*
- Oui, mais honnêtement, ce n’était pas clair.

Et là, elle me dit tout ce que je dois remplir. Mais moi, un peu pressée et faisant trop confiance à ma mémoire, je ne prends pas de note.

Après avoir enduré de l’attitude et des soupirs, je repars. Je vais sur le site, où on me demande un mot de passe. C’est un peu bizarre comme je n’ai pas de compte et je n’arrive pas à entrer. Peu importe ce que j’écris, ça me renvoie à la page où on me demande un mot de passe. Je perds patience.

Je me souviens qu’elle m’a expliqué que ça prenait une invitation. C’est qu’on ne peut pas décider comme ça d’aller en Russie. On doit y être invité. Il faut donc réserver l’hôtel et lui téléphoner pour qu’on vous envoie l’invitation. Réserver tout de suite ces nuitées n’est pas prévu à mon budget à ce moment, mais je n’ai pas vraiment le choix. Donc je réserve et heureusement, cette partie se fera rapidement. J’envie un courriel à l’hôtel et après seulement quelques minutes, on m’envoie le lien. Quelque 25$ plus tard, j’ai mon document avec le sceau officiel. Je fais ensuite prendre ma photo (12$) et reprends rendez-vous.

Deuxième présence devant la même dame. Elle me reconnaît, ça paraît dans son petit sourire arrogant.

- Où est ton document rempli?
- Ça?
- Non. *soupir* Ça, c’est ton invitation. Le document à remplir.
- Je ne l’ai pas. Je peux le faire ici, rapidement?

Méga soupir.

- Haha, tu peux, mais c’est 30$. Et c’est long. Tu as visité notre site?
- Oui, mais je n’ai pas vu.

Méga, méga soupir, lâché en tournant son écran d’ordi vers moi.

- Sur la page d’accueil. C’est écrit formulaire à remplir (elle a beaucoup trop insisté sur ces mots). Tu cliques dessus, entres un mot de passe…
- Ah, ça. Ça n’a pas marché.
- C’est impossible.
- Ben là, j’ai essayé, ça me ramenait toujours à la première page.
- *soupir* C’est impossible. Ça marche toujours.
- Madame, c’est peut-être mon ordi, mais je vous jure que ça ne marchait pas.

Elle m’a ri en pleine face.

Je reprend mes trucs et repars. À la maison, je peux enfin entrer sur le site et commencer à remplir cet interminable questionnaire. Ça me prends une heure. Employeur, ancien employeur, noms, adresses, numéro de téléphone, études, adresse de l’université, adresses des 10 dernières années, questions sur la santé, la liste de tous les pays visités, avec les dates au cours des… 10 dernières années. Dans mon cas, c’est long. J’ai dû fouiller dans mon passeport et dans mes dossiers photos de voyage pour ne pas en oublier. Tout d’un coup qu’ils me refuseraient parce que j’ai oublié de dire que je suis allée passer deux heures et demie au Paraguay en 2013…

Je l’imprime, dans le format demandé, très important. Et j’y retourne, une troisième fois. Ce n’est pas la même fille, mais je crois qu’elle a suivi le même cours de Soupirs 101.

- C’est la troisième fois que tu viens et chaque fois, il te manquait quelque chose?

Elle a ri. Je n’aurais pas dû lui dire. Elle lit mes réponses et me dit :

- Tu n’as pas écrit la bonne réponse ici. Ça demande «Allez-vous visiter un organisme?» et tu as dit non.
- Ouais, bah je n’ai pas l’intention d’aller visiter un quelconque organisme.
- L’organisme, c’est ton hôtel.
- Tu ne niaises là? C’était vraiment pas clair. Est-ce que tu peux le changer et le réimprimer?
- Oui. Mais c’est 30$.

Quoi!? J’avais vu les affiches partout disant que c’était 30$ pour une modification de formulaire, mais je pensais, encore naïvement, que c’était une fois qu’il était envoyé et pour une raison plus importante que ça! Ça ne me tente pas de perdre mon temps à retourner imprimer ça au bureau et perdre une autre heure de lunch à me rendre là, alors je fais un calcul rapide : 176$ pour le visa (j’étais à quelques jours de devoir payer l’express à 306$...) + 30$ pour une foutue impression = 206$. J’ai 210$ sur moi – parce qu’évidemment, ils ne prennent que l’argent comptant. Alors je lui fait changer et réimprimer.

- As-tu la photocopie de ton passeport?
- Non, j’ai oublié Mais à 30$ de frais pour le document, j’espère que vous allez le photocopier vous-même.

Elle l'a fait. Non sans grand soupir.

Alors voilà, c’est la marche à suivre pour avoir le droit de mettre les pieds au pays de Poutine. Un mois plus tard, j’avais mon visa. Mais en allant le chercher, j’ai eu quelques sueurs froides en lisant la note :
Dommage, les employées devront se trouver un autre endroit où elles pourront être payées à soupirer.